Balado Prendre les devants
Liberté syndicale : un enjeu démocratique
29 janvier 2026
Les syndicats sont un contre-pouvoir essentiel au maintien de la démocratie, a défendu Louise Harel au micro du balado Prendre les devants, animé par le président de la CSQ, Éric Gingras. La femme politique réagissait ainsi au projet de loi no 3 qui, dénonce-t-elle, s’ingère directement dans la gestion des syndicats.
Par Anne-Marie Tremblay (collaboration spéciale)
Pour Louise Harel, affaiblir les syndicats, c’est affaiblir la société québécoise. « Ce qui distingue le Québec, c’est non seulement sa langue et sa culture, mais aussi son filet social. Et quand on y regarde de près, le syndicalisme a souvent été la bougie d’allumage ayant permis ces avancées », a expliqué celle qui a siégé de 1981 à 2008 à l’Assemblée nationale.
En effet, plusieurs changements ont été apportés ou appuyés par le mouvement syndical dans les dernières décennies, comme l’augmentation du salaire minimum, la création de l’assurance maladie universelle ou encore la mise sur pied des congés parentaux, a-t-elle rappelé. « Le syndicalisme au Québec se distingue de celui exercé aux États-Unis, plus corporatiste. Mais nous devrions nous féliciter lorsque le syndicalisme s’investit pour le bien-être de l’ensemble de la population. »

Cette capacité à agir pour le bien commun pourrait être entravée par le projet de loi déposé par le ministre du Travail, Jean Boulet, ont averti Louise Harel et Éric Gingras. Si elle est adoptée, cette législation viendrait créer deux sortes de cotisations : les premières, obligatoires, financeraient la mission première des syndicats, comme la négociation des conventions collectives. La deuxième partie, facultative, pourrait servir à la participation à des luttes sociales, à la contestation de lois devant les tribunaux, etc. « Or, plusieurs cotisantes et cotisants pourraient ne pas voir l’intérêt de soutenir cette implication sociale plus large », a dénoncé Éric Gingras.
Ces changements auraient pour effet de couper les ailes du mouvement syndical et de réduire son influence, alors qu’il s’agit d’un contre-pouvoir essentiel à la démocratie, a rappelé l’ancienne députée qui a occupé plusieurs ministères. « C’est ce qui est en cause actuellement aux États-Unis, alors que Trump s’attaque à la liberté de la presse, à la liberté académique et à la liberté syndicale. Et c’est très dangereux. » Si elle estime que ce projet de loi ne passera pas le test des tribunaux, elle pense qu’il faut se battre pour éviter son adoption.
Équité salariale, trente ans plus tard
Louise Harel est aussi revenue sur la question de l’équité salariale. Alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité et responsable de la Condition féminine, elle a fait adopter la Loi sur l’équité salariale en 1996. Ce progrès n’aurait pas été possible sans l’alliance entre le mouvement syndical et les groupes communautaires, mais aussi les députées et députés de tous les partis. Si les avancées sont notables, il reste toutefois encore bien du chemin à parcourir, ont noté les deux participants.
Dans cet épisode, Éric Gingras et Louise Harel ont également parlé d’éducation, rappelant son importance cruciale pour construire un Québec solide. Or, des enjeux comme l’école à trois vitesses viennent affaiblir ce système qui a permis au Québec d’améliorer ses conditions de vie. Tous deux plaident donc en faveur d’états généraux sur l’éducation, à l’image de la Commission Parent.
« L’éducation, c’est la priorité des priorités. C’est ce qui nous a permis de sortir de notre état d’infériorisation dans les années 1960. Car on regarde le recensement de cette année-là, les Québécoises et Québécois étaient moins en santé, moins éduqués, moins riches. Et on s’en est sorti grâce à l’éducation. »
* Les propos ont été résumés et édités pour faciliter la compréhension.
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