Les maux de la langue
Bleu, blanc, rouge
28 janvier 2026
L’air de la célèbre chanson associée au Tricolore nous vient facilement en tête! Mais lorsqu’il faut accorder ce trio de couleurs au pluriel, la mise au jeu se complique. La rondelle glisse alors du côté de la grammaire, et l’exercice linguistique commence.
Par Dominique Brown, réviseure linguistique
Voici pourquoi Bleu, blanc, rouge reste invariable :
Dans cette expression, on ne décrit pas un objet à l’aide d’adjectifs; on nomme les couleurs elles-mêmes. Celles-ci sont donc employées comme des noms communs. En français, les noms de couleur restent invariables lorsqu’ils désignent la couleur en tant que concept (le bleu du ciel, le rouge vif).
Ici, on énumère trois noms de couleur qui sont employés sans article. On ne dit pas les bleus, les blancs et les rouges, mais Bleu, blanc, rouge. Cette forme figée fonctionne comme un titre ou une devise, elle ne s’accorde donc pas au pluriel.
Voici quelques règles concernant les adjectifs de couleur au pluriel en français :
Adjectifs simples : ils s’accordent en genre et en nombre
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Des sièges rouges, des jambières bleues
Adjectifs composés : ils restent invariables
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Des yeux bleu clair, des casquettes vert foncé
Noms employés comme adjectifs : lorsqu’une couleur est issue d’un nom (de la couleur d’un fruit, d’une fleur, d’une matière, etc.), elle est invariable, sauf dans les exceptions suivantes : rose, mauve, pourpre, écarlate, fauve, incarnat, vermeil.
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Des mascottes orange, des chandails turquoise, des joues roses (exception)
Pour en savoir plus : Noms de couleur de forme simple ou composée : pluriel | BDL
Saviez-vous que…
Tricolore
Lorsque le club de hockey les Canadiens de Montréal (initialement nommé Club Athlétique Canadien) a été fondé en 1909, certaines personnes anglophones utilisaient le sobriquet dénigrant « habitants » pour désigner les colons francophones ruraux.
Ce même terme, associé à tort au H du logo (qui renvoie en réalité à Hockey et non à Habitant), a donné naissance au mot « Habs », par contraction. Bien qu’à l’origine dépréciatif, ce surnom est aujourd’hui célébré et il constitue un emblème identitaire. Ce renversement illustre de manière fascinante comment la langue et la culture francophone ont su se réapproprier un terme afin d’en faire un symbole de fierté.
D’autres surnoms, plus pittoresques et éloignés des connotations péjoratives d’autrefois, ont ensuite vu le jour : les Glorieux, la Sainte‑Flanelle ou le Tricolore. Enracinés dans l’histoire, ils sont tout aussi vivants, tant sur la glace que dans les gradins.