CSQ Le Magazine : Pourquoi est-ce important de parler positivement de la profession enseignante?

Josée Scalabrini : Valoriser la profession c’est, de façon indirecte, une façon de travailler à l’amélioration des conditions de travail et d’enseignement des profs. Depuis plusieurs années, à la FSE-CSQ1, nous en faisons une de nos grandes priorités. C’est un dossier auquel je crois beaucoup et qui me touche particulièrement.

Quand nous parlons en bien des enseignantes et enseignants, nous contribuons à faire connaitre leur réalité et leur dévouement à toute la population. Les gens sont ensuite plus sensibles aux enjeux auxquels les profs font face. Ils sont plus disposés à les écouter lorsque ceux-ci expriment leurs besoins ou dénoncent des situations inacceptables.

Que fait la FSE-CSQ pour valoriser le travail des enseignantes et enseignants?

Avec la campagne Prof, ma fierté!, nous faisons rayonner leur travail exceptionnel. Les profs que je rencontre me le soulignent régulièrement. Ils aiment que nous parlions d’eux de façon positive, que nous fassions connaitre leur vécu, les petits miracles qu’ils accomplissent au quotidien. Nous ne ménageons aucun effort pour le faire : nous avons réalisé des séries Web, des publicités télé, et nous avons organisé des évènements un peu partout au Québec pour que le travail des profs soit connu et reconnu à sa juste valeur.

En montrant de belles histoires et de belles réussites, je suis persuadée que nous avons contribué à remettre l’éducation au cœur des priorités dans le débat public au Québec.

Quel est le rôle du syndicalisme enseignant?

Le syndicalisme enseignant est présentement en transformation, mais le rôle fondamental d’une fédération comme la nôtre ne change jamais. Nous sommes là, en premier lieu, pour défendre et protéger les droits de nos membres, et travailler d’arrachepied pour améliorer leurs conditions de travail.

Je rencontre énormément d’enseignantes et d’enseignants aux quatre coins du Québec, et je sais qu’ils attendent beaucoup de leur organisation syndicale. C’est pour cette raison que je suis convaincue qu’il est primordial d’exercer un syndicalisme professionnel, visant à améliorer les conditions de travail des profs, mais aussi leurs conditions d’enseignement.

Je suis également convaincue que nous devons jouer un rôle de leadeur dans tous les dossiers qui ont une réelle influence dans la vie de nos membres. Nous sommes leurs représentantes et représentants auprès des décideurs, et notre mandat ne se limite pas à négocier leur convention collective.

« Les profs en ont assez. Ils souhaitent, avec raison, être entendus et respectés, tant dans leurs écoles que du public en général. »

Comment cette approche syndicale se manifeste-t-elle?

Elle se manifeste de plusieurs façons. Selon moi, une des grandes forces de la FSE-CSQ est son implication active dans les dossiers de nature pédagogique, dans lesquels nous nous assurons toujours de faire connaitre et entendre l’opinion et les préoccupations des profs. Notre leadeurship se traduit, notamment, par de nombreuses interventions dans les médias, mais aussi auprès du gouvernement, des chercheuses et chercheurs, des parents et de la population en général.

De quelle façon la FSE-CSQ s’y prend-elle pour demeurer représentative de l’opinion de ses membres?

Au fil des ans, notre fédération s’est bâti une grande crédibilité dans le monde de l’éducation au Québec, notamment grâce à sa capacité à construire ses positions en s’appuyant sur les réalités et les besoins de ses membres. Nous avons toujours su adopter des positions étoffées sur les enjeux en éducation, dont certaines sont devenues historiques. D’autres ont évolué et se sont transformées pour s’adapter à la réalité du monde de l’enseignement, qui est, comme je le mentionnais précédemment, en constante mutation.

C’est cette force qui nous distingue des autres organisations. Quand je prends la parole au nom des dizaines de milliers de profs que la FSE-CSQ représente, je veux le faire en sachant que je porte leur message le plus fidèlement possible.

Toutefois, pour que nous puissions demeurer une fédération ouverte et à l’écoute de ses membres, l’organisation d’un évènement comme le Colloque FSE-CSQ, qui a eu lieu en mai 2019, est importante. Cela nous permet de pousser plus loin les réflexions sur d’importants enjeux pédagogiques, et je suis convaincue qu’il est primordial de le faire avec celles et ceux qui sont au quotidien dans les classes du Québec.

Ce n’est pas tous les jours que 500 profs sont réunis pour échanger et débattre d’enjeux aussi cruciaux que l’autonomie professionnelle, l’évaluation des apprentissages, la valorisation de leur profession et le développement professionnel.

Notre colloque est un évènement unique, puisque les débats ont comme base des données objectives toutes fraiches, issues d’une large consultation menée auprès d’enseignantes et d’enseignants au cours de l’année scolaire 2018-2019. Ils ont d’ailleurs été des milliers à participer, même si leur charge de travail est lourde et accaparante.

Comment cet évènement vous inspirera pour l’avenir?

C’est l’occasion pour la FSE-CSQ d’actualiser ses positions dans plusieurs dossiers, en écoutant ce que le personnel enseignant a à dire. Ainsi, nous nous assurerons, comme nous l’avons toujours fait, de représenter l’ensemble de nos membres, soit plus de 60 000, lorsque nous parlons en leur nom.

C’est une grande fierté, mais aussi une lourde responsabilité de porter haut et fort la voix des enseignantes et enseignants. L’équipe de la FSE-CSQ est toujours très soucieuse de la justesse du message livré en leur nom. Le colloque, ainsi que la large consultation qui l’a précédé, permet à notre fédération d’être plus forte, plus légitime et plus centrée que jamais sur les préoccupations et les opinions de ses membres.

Y a-t-il un lien avec la prochaine négociation nationale?

Absolument. Comme professionnelles et professionnels de l’enseignement, les profs doivent affirmer leur expertise dans les dossiers de nature pédagogique. Malheureusement, dans les dernières années, bien d’autres acteurs se sont prononcés sur une multitude de dossiers en lien avec l’éducation et l’enseignement, sans que les principaux concernés aient eu leur mot à dire.

Les profs en ont assez. Ils souhaitent, avec raison, être entendus et respectés, tant dans leurs écoles que du public en général. Au quotidien, ils nous disent clairement qu’ils souhaitent que leur autonomie professionnelle soit mieux reconnue dans la loi et respectée à cent pour cent dans les faits. Plus largement, ils désirent aussi que leur expertise et leur opinion soient reconnues et entendues quand vient le temps de faire de grands changements en éducation.

Pour moi, le lien avec la prochaine négociation est clair. Ce que les profs veulent par-dessus tout, c’est être appréciés comme les experts qu’ils sont. Être considérés, écoutés et faire partie de la solution. Ils veulent un ministre de l’Éducation qui reconnait leur professionnalisme et leur expertise, qui leur tend la main et qui valorise leur travail.

Comment cette reconnaissance devrait-elle s’exprimer?

Elle passe par de meilleurs salaires. Oui, les profs veulent être payés à leur juste valeur, puisqu’ils sont toujours les moins bien rémunérés au Canada. Ça passe aussi par un allègement important de leur tâche, qui n’a cessé de s’alourdir et de se complexifier au fil des années et des coupes en éducation. Et, bien sûr, ça passe aussi par des classes plus équilibrées et par davantage de services pour les élèves en difficulté.

Et tout ça, ça ne tombera pas du ciel! Il va falloir se battre, et nous serons prêts pour cette bataille. Grâce à notre colloque, nous sommes mieux armés que jamais!


1 Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).