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Karine Lapierre, Conseillère FPPE-CSQ aux communications

Immigration et égalité des chances - Se concerter pour accueillir l’élève, mais aussi l’humain

11 mars 2016

Réginald Fleury, conseiller pédagogique à l’éducation et aux relations interculturelles à la Commission scolaire de Montréal(CSDM)

Réginald Fleury, conseiller pédagogique à l’éducation et aux relations interculturelles à la Commission scolaire de Montréal

L'arrivée des réfugiés syriens et l'accueil de ces élèves dans les écoles et les centres du Québec font la manchette depuis plusieurs semaines. Ils ramènent à l'ordre du jour une question toujours d'actualité : comment le réseau scolaire intègre-t-il les élèves issus de l'immigration (nés à l'étranger ou d'au moins un parent né à l'étranger) et, parmi eux, les réfugiées et réfugiés, pour leur assurer la plus grande égalité des chances possible avec leurs pairs nés au Québec ? Première partie d'un texte qui retrace les grands enjeux de l'accueil, de la francisation et de l'intégration.

Réginald Fleury est conseiller pédagogique à l'éducation et aux relations interculturelles à la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Son travail consiste à épauler les acteurs du milieu pour accueillir les élèves issus de l'immigration, qu'ils passent par les classes de francisation ou qu'ils soient directement dirigés vers le secteur régulier.

Selon lui, la clé pour assurer l'égalité des chances de ces élèves est le travail concerté de tous les intervenants – enseignants, professionnels, directions – pour transformer nos façons de faire et les adapter aux réalités des diversités. « On travaille de façon différente avec des élèves plurilingues issus de l'immigration de Montréal qu'avec des enfants d'origine canadienne-française de Blainville. »

Accueillir l'être humain

Pour Réginald Fleury, l'école recevant des immigrantes et immigrants doit se montrer plus humaine que simplement pédagogique. « Les parents qui arrivent d'un autre pays ne connaissent rien de notre système scolaire ; ils n'ont aucune référence pour comprendre le nouveau vécu de leur enfant, pour créer un lien de confiance, pour saisir le fonctionnement de l'école. Il faut pouvoir les faire venir à l'école et les informer bien avant l'habituelle première rencontre parents-enseignant en novembre. »

Clément Amphyon, enseignant de français langue seconde au secondaire à l'école arménienne Sourp Hagop de Montréal et membre de la Fédération du personnel de l'enseignement privé (FPEP-CSQ)

Faute d'autres ressources, c'est souvent à l'enseignante ou à l'enseignant qu'incombe cette responsabilité. « J'ai une vocation sociale, je deviens la personne ressource pour mes élèves, celle qui leur explique les prochaines étapes qui les attendent dans le parcours scolaire. Le retard accumulé les angoisse beaucoup. Je suis celle aussi qui leur fait découvrir la bibliothèque, la patinoire, le cinéma, les ressources d'aide, parfois », explique Clément Amphyon, enseignant de français langue seconde au secondaire à l'école arménienne Sourp Hagop de Montréal et membre de la Fédération du personnel de l'enseignement privé (FPEP-CSQ). Depuis un an, cette école a ouvert six classes d'accueil pour les nouveaux arrivants syriens arméniens.

Même son de cloche à Longueuil, où Thérèse Villeneuve, membre du Syndicat de Champlain (CSQ), enseigne en classe d'accueil aux enfants de sept ans à l'école Bourgeoys-Champagnat : « Il faut leur apprendre autant à respecter le fonctionnement de l'école québécoise, à se mettre en rang, à rester assis, qu'à aller jouer dehors, à aimer l'hiver en allant à la cabane à sucre, à faire du ski alpin. »

Toutefois, l'accueil est très variable d'une région à l'autre. « Étonnamment, ça se passe souvent mieux dans les milieux plus petits, où la procédure n'est pas systématisée, que dans les grands centres où le processus s'est cristallisé et où les coupes de postes successives ont créé des trous dans les services. En région et dans certaines petites écoles, on rencontre toutes les nouvelles familles immigrantes ; on a vu des collectes de mitaines et de tuques s'organiser, des classes qui se sont mobilisées pour initier des nouveaux arrivants aux sports d'hiver. C'est sur ce côté humain que les directions devraient davantage miser dans la planification de l'accueil », explique Réginald Fleury.

Tenir compte du parcours migratoire

Pour arriver à rendre les élèves issus de l'immigration disponibles à l'apprentissage, il faut impérativement tenir compte de leur parcours migratoire.

« Ils ont parfois vécu la guerre, les camps de réfugiés, perdu des proches. Ils doivent aussi faire le deuil de la vie dont ils avaient rêvé dans leur pays et qui n'est plus possible. Il faut les laisser parler de leur histoire, lui faire une place, pas seulement leur parler du Québec et du hockey. Même si la plupart font preuve d'une grande résilience, l'aide professionnelle est souvent essentielle pour les aider à traverser ces traumas », estime le conseiller pédagogique, qui est aussi membre du Syndicat des professionnelles et professionnels du milieu de l'éducation de Montréal (SPPMEM-CSQ).

Thérèse Villeneuve, membre du Syndicat de Champlain (CSQ), enseigne en classe d'accueil aux enfants de sept ans à l'école Bourgeoys-Champagnat

Cependant, il y a parfois une confusion au sujet du financement entre les services d'accueil et les autres services aux élèves, qui a pour conséquence que les élèves de l'accueil passent trop souvent après les élèves de classes ordinaires dans l'attribution des services. Dans un contexte d'austérité, ces inégalités se multiplient.

« Comme enseignante, je dois souvent me battre à la place des parents, qui sont sans statut et qui ne veulent pas faire de vagues, pour que leurs enfants aient accès à de l'orthophonie ou à un psychologue, alors que ce sont ces élèves qui en ont le plus besoin », déplore Thérèse Villeneuve.

L'égalité des chances de réussite est doublement compromise dans ce cas, une situation qui doit changer.

Thérèse Villeneuve, Clément Amphyon et Réginald Fleury étaient conférenciers au Rendez-vous CSQ de l'éducation.