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Jacques Tondreau, Directeur CSQ du Service de l’action professionnelle et sociale

Comment composer avec l’impossible ? - Portrait de la composition des classes dans les écoles primaires

11 mars 2016

La composition de la classe s'est grandement transformée au cours des dernières années, au Québec, à tel point que ces changements affectent de manière très importante les conditions d'exercice du personnel enseignant et les conditions d'apprentissage des élèves. Souhaitant démontrer ces effets négatifs importants, le Syndicat de l'enseignement de la région de Québec (SERQ-CSQ) a réalisé une grande enquête sur cette question, dont les conclusions ont été présentées lors du Rendez-vous CSQ de l'éducation.

La fuite des élèves vers les écoles privées ou les projets particuliers, l'intégration sans les ressources nécessaires des élèves handicapés, en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage dans la classe ordinaire et les compressions budgétaires à répétition affectent la capacité du personnel enseignant à offrir une éducation de qualité à tous les élèves. Dans certains cas, la composition de la classe est si dysfonctionnelle qu'il est pratiquement impossible de faire entrer les élèves dans l'apprentissage.

Une enquête pour mieux comprendre la réalité des classes du primaire

Durant l'année scolaire 2012-2013, des commentaires sur 5 936 élèves ont été recueillis auprès de 283 enseignantes et enseignants, dans autant de classes, réparties dans vingt écoles primaires des commissions scolaires des Premières-Seigneuries et de la Capitale. Pour chaque jeune, plusieurs facteurs étaient pris en compte. S'agissait-il d'un élève régulier ou allophone ? Présentait-il un trouble, une difficulté ou un facteur de risque ? Avait-il besoin d'un plan d'intervention et de ressources particulières ? Cette collecte a fourni un riche corpus de données, tant chiffrées que commentées, qui ont par la suite été rigoureusement analysées.

Des résultats inquiétants

Les résultats de l'étude1, réalisée par la chercheuse Caroline Jeanson, viennent grandement relativiser la vision, peut-être populaire, de l'intégration scolaire de l'élève en fauteuil roulant ou de l'enfant ayant une trisomie. Dans les faits, le profil de l'élève sur papier est considérablement plus simple qu'il ne l'est dans la réalité, comme s'il était possible, par la simple attribution d'un code ou d'un titre, de décrire l'entièreté et la complexité d'un enfant.

Sous l'appellation officielle peut donc se cacher plus d'un besoin particulier, des procédures qui peinent à aboutir, des services refusés, des ressources inadéquates, des adaptations quotidiennes, des parents non coopératifs... ou toutes ces réponses à la fois. Multipliez ce profil par 18, 20, 24... 26, et vous aurez un portrait plus fidèle de la classe primaire publique « ordinaire » d'aujourd'hui qui, on va se le dire, appelle un travail extraordinaire de tous les intervenants et intervenantes scolaires, à commencer bien sûr par les enseignantes et les enseignants.

Matière à réflexion, matière pour l'action

Cette enquête nous amène à faire un constat important : on ne peut continuer dans la mouvance actuelle qui demande au personnel des écoles de faire toujours plus avec moins. Il en va de la qualité de l'éducation de nos classes, des conditions d'apprentissage de tous les élèves et des conditions d'exercice du personnel, et au premier chef les enseignantes et enseignants. Parce que c'est bien cela qui est en jeu : la qualité de la scolarisation et de l'éducation de toutes les petites Québécoises et de tous les petits Québécois, qu'on se le rappelle, incessamment.


1 JEANSON, Caroline (2014). Opération portraits de classe. Étude des compositions de classe des commissions scolaires des Premières-Seigneuries et de la Capitale. Québec. Québec, Syndicat de l'enseignement de la région de Québec.