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Catherine Gauthier, Rédactrice en chef

La CSQ à l'heure du syndicalisme de riposte

14 octobre 2015

Louise Chabot, présidente de la CSQ

Louise Chabot, présidente de la CSQ

« Nous sommes à l'heure des initiatives, de l'engagement et des résistances. Nos actions et notre riposte seront à la hauteur des attaques du gouvernement ! » C'est en ces termes que Louise Chabot s'est adressée au Congrès de la CSQ, en juin dernier. Réélue à la présidence de l'organisation, elle amorce son second mandat dans un moment qui marquera, selon elle, un point important dans l'histoire du Québec.

« Les mesures d'austérité ébranlent actuellement le modèle québécois, son équilibre social et ses principes d'égalité et d'équité. Prétextant l'urgence d'atteindre le déficit zéro, nos élus en profitent pour réduire et déstructurer l'État à coup d'abolitions de services et de programmes, et de coupes budgétaires afin de mieux préparer, en douce, la privatisation de grands pans de nos services publics. Tout cela est sans compter les attaques antisyndicales importantes qui visent à affaiblir la voix des travailleuses et travailleurs. Ce n'est pas rien ! », déclare-t-elle.

Le syndicalisme doit se renouveler

Dans un tel contexte, le thème du 41e Congrès de la CSQ, Agissons ! Ripostons !, s'est imposé naturellement. « J'ai toujours privilégié le syndicalisme de proposition, et c'est la voie que nous avons empruntée à la CSQ. Toutefois, à partir du moment où nos propositions et nos pistes de solutions ne sont pas entendues par le gouvernement, nous devons créer une pression pour faire avancer notre point de vue par l'action dans la rue. »

Ce syndicalisme de riposte fait partie du virage culturel de l'organisation. « Nous avons le devoir de revoir nos pratiques, de transformer notre culture organisationnelle et de prioriser nos actions. Si toutes les causes sont bonnes, nous devons nous concentrer sur l'essentiel afin que les membres puissent s'approprier le projet syndical. »

La grande démarche du renouveau syndical

Au cours des trois dernières années, la CSQ a mené une grande réflexion sur la question du renouveau syndical, à laquelle plus de 2 000 personnes syndiquées de partout au Québec ont pris part. L'objectif visait à comprendre la vision que partagent les membres de leur organisation et du mouvement syndical, mais aussi leurs attentes à l'endroit de la CSQ.

« Ce congrès a été l'aboutissement d'une démarche très porteuse pour le renforcement de notre capacité d'action. Pourquoi ? Parce que nous ne l'avons pas mené de façon institutionnelle. Nous avons lancé un appel aux membres et ils ont répondu en grand nombre pour nourrir la réflexion, puis proposer des solutions. »

Le défi, maintenant, est de traduire tout cela par des volontés et de grandes orientations. Louise Chabot est très claire : il ne s'agit pas d'aligner sur une feuille les propositions votées au Congrès et, pour chacune, de déterminer les opérations à réaliser. « C'est ensemble, avec les membres, que nous réaliserons une grande partie de ce travail. »

Deux autres grandes priorités

Les stratégies syndicales à développer en contexte d'austérité ont également nourri les débats au Congrès. « Actuellement, nos gouvernements, tant à Ottawa qu'à Québec, développent des politiques "anti-État", limitent à sa plus simple expression toute forme de dialogue social et tentent de faire croire, tout comme la droite, que les syndicats nuisent à la société et qu'ils ne sont motivés que par des intérêts corporatistes. Or, les différentes luttes que nous avons menées et les gains que nous avons obtenus au fil des ans ont profité à l'ensemble de la société. »

Louise Chabot rappelle que le mouvement syndical a toujours été – et continue d'être – un rempart contre les décisions gouvernementales nuisibles à la population et au bien commun. Elle souligne aussi que dans le contexte actuel, les syndicats doivent maintenir et renforcer leurs alliances avec d'autres groupes de la société civile.

La négociation des conventions collectives du secteur public constitue une autre grande priorité du triennat. Pour Louise Chabot, il ne fait aucun doute : les offres patronales méprisantes et inacceptables, auxquelles s'additionnent les graves mesures d'austérité, nécessitent une réponse très forte des syndicats. La mobilisation et l'action syndicale exercées cet automne seront donc primordiales.

La loi spéciale, une fatalité ?

La menace d'une loi spéciale plane toujours lorsque les conditions de travail et d'exercice du personnel de l'État sont négociées, puisque l'employeur est aussi législateur. Mais cette perspective ne doit en aucun cas freiner les travailleuses et travailleurs dans leur détermination à obtenir un règlement négocié satisfaisant, croit Louise Chabot.

« Notre objectif demeure toujours l'obtention d'un règlement négocié et satisfaisant. La négociation, c'est un droit fondamental. Le droit de grève, c'est aussi un droit légitime qui est lié au droit d'association. Cela permet d'équilibrer les forces. Nous avons le devoir de négocier de bonne foi et de présenter des solutions de rechange. Nous devons aussi déterminer ce qui constitue, pour nous, "l'inacceptable" et accroître la pression jusqu'à la grève, s'il le faut. Entre les deux, il y a toute une gradation de moyens de pression. »

Louise Chabot rappelle qu'il n'existe aucun lien direct entre l'exercice de la grève et l'imposition d'une loi spéciale. « Une telle loi exige une situation d'urgence. Or, "l'impératif de l'équilibre budgétaire" ne répond pas à cette condition. Si le gouvernement a déjà décidé qu'il allait légiférer (ce qui signifierait, par ailleurs, qu'il négocierait de mauvaise foi), il le fera qu'il y ait grève ou non. Advenant une telle éventualité, nous devrions alors réévaluer notre stratégie et prendre une décision en fonction de nos attentes et de nos aspirations. Ce qui est certain, c'est que la lutte ne sera pas facile, d'où l'importance d'exercer un rapport de force suffisant pour faire des gains. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que l'obtention d'un contrat de travail négocié et satisfaisant est toujours possible. »

Une lutte essentielle à livrer

Comment réussira-t-on à mettre un frein à cette opération large de démolition du modèle québécois ? Louise Chabot est convaincue que nous y arriverons si nous avons la profonde conviction que la lutte en vaut la peine ; que nous avons construit de solides alliances syndicales et sociales pour mener cette bataille ; et que nous avons la capacité d'informer et de sensibiliser la population.

Je suis profondément convaincue que nous pouvons réussir cette lutte et préserver le bien commun.

« C'est ce qui me motive à continuer, je suis profondément convaincue que nous pouvons réussir cette lutte et préserver le bien commun. Les mesures d'austérité qui ne cessent de s'additionner – et pour lesquelles la population n'a jamais voté – auxquelles s'ajoutent les méprisantes offres patronales faites au personnel de l'État, suscitent la colère et donnent à un très grand nombre de personnes l'envie de riposter. »

La vraie démocratie

La présidente de la CSQ termine en rappelant que comme syndiqués et citoyens, nous n'avons pas le droit d'assister impassibles à la dilapidation de notre bien commun par un gouvernement qui s'est donné, une fois élu, un autre mandat que celui sollicité en campagne électorale.

« La démocratie, c'est beaucoup plus que d'exercer notre droit de vote dans l'isoloir tous les quatre ans pour laisser ensuite le gouvernement agir comme il l'entend. Ça, c'est une parodie de démocratie. La vraie démocratie continue de s'exprimer après le vote sur les places publiques, et les tribunes et, si nécessaire, dans la rue, pour rappeler justement à ce gouvernement que nous ne sommes pas en dictature et qu'il doit tenir compte de l'opinion et de la volonté des citoyennes et citoyens, ce que constituent les 400 000 travailleuses et travailleurs syndiqués membres du Front commun », conclut Louise Chabot.