Centrale des syndicats du Québec (CSQ) - Nouvelle

Les répercussions sur les femmes et l’égalité entre les sexes

20 octobre 2016

La distinction entre « dépense d'investissement » et « dépense courante » a également des répercussions sur les femmes et sur l'égalité entre les sexes. Les États désirant appuyer leur relance économique investissent massivement dans les infrastructures physiques. Ce faisant, ils stimulent surtout le secteur de la construction, ce qui avantage l'emploi des hommes fortement représentés dans ce secteur d'activité.

Cependant, lorsque les États adoptent des mesures d'austérité pour équilibrer leur budget, ils sabrent dans les dépenses courantes (services publics et programmes sociaux). Ces compressions touchent davantage les femmes puisque celles-ci représentent une forte proportion de la main-d'œuvre dans le secteur public.

Cette dynamique est fort bien documentée dans une étude récente de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS)3. Cette étude démontre qu'au Québec, les mesures de relance ont avantagé les hommes alors que les compressions dans les services publics ont pénalisé davantage les femmes. Parmi les mesures de relance identifiées aux budgets québécois entre 2008 et 2015, 7,3 milliards de dollars ont profité aux hommes contre 3,5 milliards de dollars aux femmes. Quant aux mesures d'austérité, elles ont pénalisé les femmes à hauteur de 13 milliards de dollars, contre 9,9 milliards de dollars pour les hommes.

En mars 2016, la Confédération syndicale internationale (CSI) a rendu publique une étude4 démontrant, tout comme celle de l'IRIS, que les investissements des États pour relancer leur économie ont davantage favorisé les hommes que les femmes, accentuant ainsi les inégalités entre les sexes déjà existantes sur le marché du travail.

Selon la CSI, les gouvernements devraient, dans un souci de tendre vers une plus grande égalité des sexes, investir davantage dans ce qu'ils qualifient d'« économie des soins » ou d'« infrastructures sociales », c'est-à-dire les services d'éducation, de santé et de soins aux enfants d'âge préscolaire et aux personnes âgées, et considérer ces dépenses comme de véritables investissements. Ils soulignent que la distinction entre « dépense courante » et « investissement » constitue une véritable discrimination fondée sur le genre.

L'intérêt de l'étude de la CSI tient notamment au fait qu'elle démontre qu'une hausse des investissements dans les « infrastructures sociales » crée davantage d'emplois, environ deux fois plus que les investissements dans les infrastructures physiques (tableau I). Cela s'explique parce que les infrastructures physiques requièrent davantage de matériaux et de machineries que les infrastructures de soins. Une part moins importante de la dépense pour la construction de ces infrastructures physiques permet donc de créer des emplois.

TABLEAU I
EFFETS COMPARATIFS SUR L'EMPLOI D'UNE STIMULATION DE L'ÉCONOMIE PAR DES INVESTISSEMENTS EN INFRASTRUCTURES PHYSIQUES (CONSTRUCTION) ET EN INFRASTRUCTURES DE SOINS ÉQUIVALANT À 2 % DU PIB

  Hausse du taux d’emploi (en points de %)
  Construction Soins
Allemagne 1,9 3,7
Australie 2,5 4,0
Danemark 1,9 3,2
États-Unis 3,5 6,1
Italie 1,6 2,4
Japon 3,8 4,3
Royaume-Uni 1,8 3,7

Source : Adapté de DE HENAU, Jerome, et autres (2016). Investir dans l'économie des soins : une analyse par sexe d'une stimulation de l'emploi dans sept pays de l'OCDE (mars), Confédération syndicale nationale, tableau 13, page 25.

L'étude montre également que les investissements dans les infrastructures sociales permettent de réduire sensiblement les inégalités entre les hommes et les femmes. Le tableau II présente les effets des deux types d'investissements sur les taux d'emploi des hommes et des femmes. On remarque que les investissements en infrastructures physiques agrandissent les écarts hommes-femmes existants alors qu'ils sont réduits avec les investissements en infrastructures de soins. Ces résultats s'expliquent par la présence plus importante des hommes dans le secteur de la construction et des femmes dans le secteur public, et le fait qu'en favorisant l'un ou l'autre avec les investis- sements, on vient augmenter ou réduire les écarts dans les taux d'emploi.

Les chercheurs de la CSI soutiennent donc que, pour relancer l'économie et assurer une meilleure égalité hommes-femmes, il faut investir non seulement dans les infrastructures physiques, mais également dans les infrastructures sociales. Les auteurs concluent ainsi :

Cette analyse ne cherche pas à montrer que l'inves- tissement dans le secteur de la construction n'est pas valable. Plutôt, étant donné que l'investissement dans le secteur des soins produit des effets sur l'emploi au moins aussi importants, et qu'il a une incidence particulièrement bénéfique sur l'égalité, le choix du type d'investissement à réaliser doit se fonder sur les avantages que chaque type d'investissement en soi va apporter à la société. Ce choix ne peut plus reposer sur l'idée que l'investissement dans l'infrastructure physique est le meilleur moyen de stimuler l'emploi5.

TABLEAU II
EFFETS COMPARATIFS SUR L'ÉCART HOMMES-FEMMES DANS L'EMPLOI D'UNE STIMULATION DE L'ÉCONOMIE PAR DES INVESTISSEMENTS EN INFRASTRUCTURES PHYSIQUES (CONSTRUCTION) ET EN INFRASTRUCTURES DE SOINS ÉQUIVALANT À 2 % DU PIB

  Différence actuelle hommes-femmes dans l’emploi Évolution de la différence hommes-femmes dans l'emploi (en points de %)
Construction Soins
Allemagne 9,4 1,7 –2,7
Australie 12,2 1,8 -2,6
Danemark 6,5 1,7 -2,5
États-Unis 8,7 2,1 -4,2
Italie 21,1 1,8 -1,9
Japon 23,1 2,9 -1,6
Royaume-Uni 9,9 1,8 -2,8

Source : Adapté de DE HENAU, Jerome, et autres (2016). Investir dans l'économie des soins : une analyse par sexe d'une stimulation de l'emploi dans sept pays de l'OCDE (mars), Confédération syndicale nationale, tableau 13, page 26.


3 COUTURIER, Eve-Lyne, et Simon TREMBLAY-PEPIN (2015). Les mesures d'austérité et les femmes : analyse des documents budgétaires depuis novembre 2008, [En ligne] (février), Institut de recherche et d'informations socioéconomiques, 55 p. [iris-recherche.qc.ca/ publications/austerite-femmes].

4 DE HENAU, Jerome, et autres (2016). Investir dans l'économie des soins : une analyse par sexe d'une stimulation de l'emploi dans sept pays de l'OCDE, [En ligne] (mars), Confédération syndicale internationale, 56 p. [ituc-csi.org/IMG/pdf/care_economy_fr.pdf].

5 DE HENAU, Jerome, et autres (2016). Investir dans l'économie des soins : une analyse par sexe d'une stimulation de l'emploi dans sept pays de l'OCDE, [En ligne] (mars), Confédération syndicale internationale, p. 26. [ituc-csi.org/IMG/pdf/care_economy_fr.pdf].