Centrale des syndicats du Québec (CSQ) - Nouvelle

Le déséquilibre n’est pas toujours une pénurie

14 mars 2017

Si une pénurie de main-d'oeuvre généralisée fait appel à des solutions d'ordre démographique, un déséquilibre sectoriel ou ciblé peut s'expliquer par un ensemble de facteurs et nécessiter différentes solutions.

Si une pénurie de main-d'oeuvre généralisée fait appel à des solutions d'ordre démographique, un déséquilibre sectoriel ou ciblé peut s'expliquer par un ensemble de facteurs et nécessiter différentes solutions.

Une offre insuffisante

Certains cas s'expliquent par une offre de travail trop faible. Les employeurs n'arrivent pas à trouver suffisamment de candidates et candidats détenant les compétences ou la formation requise pour exercer les tâches souhaitées. Cela peut s'expliquer par un accès trop limité à la formation nécessaire ou par un trop faible nombre d'inscriptions. Enfin, dans certains cas, la difficulté n'est pas de trouver des candidates et candidats, mais de les garder. L'offre de travail n'est pas durable. Ce taux de roulement élevé peut s'expliquer par une concurrence forte avec d'autres emplois ou par la perte rapide de motivation des nouvelles personnes employées souvent due à des conditions de travail peu attrayantes.

Une demande inadéquate

D'autres situations de rareté de main-d'oeuvre peuvent s'expliquer par une demande de travail inadéquate. D'abord, les exigences à l'embauche peuvent être trop élevées pour la nature réelle de l'emploi que l'entreprise cherche à combler. Parfois, des candidates et candidats valables sont boudés parce qu'ils n'ont pas les diplômes et l'expérience exigés ou ne possèdent pas déjà certaines compétences extrêmement précises (connaissance d'une telle machine, d'un tel logiciel, d'une seconde langue, etc.). Cette situation pourrait être corrigée en offrant une formation complémentaire précise lors de l'embauche de la personne.

Dans d'autres situations, des travailleuses et travailleurs disponibles et qualifiés sont boudés en raison de leur appartenance ou de leur identification à un groupe minoritaire. La candidature de femmes dans les métiers non traditionnels ou de personnes immigrantes est souvent écartée par discrimination. Rappelons que les difficultés d'accès à des emplois pour les femmes et les hommes immigrants sont encore importantes. Le taux de chômage des personnes issues de l'immigration est de 11 % alors qu'il est de 6 % pour les natifs du Québec. Cette exclusion est encore plus flagrante pour les personnes récemment immigrées, qui affichent un taux de chômage de 17 %. L'exclusion prend aussi la forme d'une non-reconnaissance des compétences et diplômes (taux de surqualification de 56 % pour les personnes immigrantes, contre 35 % pour les natifs du Québec)4.

Dans plusieurs cas, les candidates et candidats ne se précipitent pas à la porte, parce qu'ils ne trouvent aucun avantage à accepter les emplois offerts. Souvent, les conditions salariales et de travail ne sont pas suffisantes ou ne viennent pas compenser la pénibilité du travail ou les horaires atypiques. Dans cette situation, les employeurs devraient normalement augmenter les avantages qu'ils offrent. Pourtant, comme nous l'avons vu, ils préfèrent souvent utiliser d'autres mécanismes pour équilibrer l'offre et la demande.

TABLEAU II
LES DIFFÉRENTS TYPES DE DÉSÉQUILIBRES SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

Déficit sectoriel (ou pour certains emplois) et difficultés de recrutement
Offre de travail Demande du travail
Manque de candidats ayant les compétences et la formation nécessaires
  • L’accès à la formation est trop limité
  • Les inscriptions ne sont pas suffisantes

Les candidats disponibles et formés ne sont pas dans la bonne région

Le taux de roulement est élevé

Exigences à l’embauche trop élevées
  • Diplôme
  • Expérience
  • Compétences trop précises

Discrimination envers certains groupes qui seraient disponibles

Les conditions de travail offertes n’attirent pas les candidats

  • Salaire insuffisant
  • Pénibilité, précarité ou horaire atypique

Il y a une pénurie de Mercedes à 15 000 $
Cette affirmation parait totalement absurde pour le commun des mortels. Si un acheteur désire payer 100 000 $ pour s’offrir une Mercedes, il n’aura aucun problème à en dénicher une. Étrangement, la simple logique de l’offre et de la demande semble, trop souvent, échapper aux employeurs. Au lieu d’augmenter les conditions salariales ou les avantages sociaux offerts de manière à attirer le nombre nécessaire d’employés, ils préfèrent se plaindre d’une pénurie de main-d’oeuvre, exiger des mesures des gouvernements ou faire venir des travailleuses et travailleurs temporaires de l’étranger.


4 BOUDARBAT, Brahim (2011). Les défis de l’intégration des immigrants dans le marché du travail au Québec : enseignements tirés d’une comparaison avec l’Ontario et la Colombie-Britannique. [En ligne], Montréal, CIRANO, 62 p. [cirano.qc.ca/pdf/ publication/2011RP-07.pdf].