Prendre la précarité par les cornes : Une véritable révolution syndicale

13 mars 2017

Micheline Barriault

Micheline Barriault

Rehausser tous les postes pour en faire des emplois décents, en misant sur la solidarité et le partage, c'est tout un exploit. Ça s'est produit en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.

Il n'y a pas si longtemps, 60 % des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de la région devaient être disponibles en tout temps pour survivre, sans perspective d'un poste à temps partiel avant dix ans. En 2005, la convention collective décrétée leur assure un poste 8-28 (8 jours de travail par mois), ce qui n'est guère mieux.

« Résultats : la pénurie s'accélère, principalement chez les infirmières; le temps supplémentaire et celui obligatoire augmentent; et les vacances ou les congés de maladie deviennent impossibles. Pire, le personnel d'agences privées obtient les quarts de remplacement de jour! », raconte Micheline Barriault1.

Ce décret prévoyait aussi la négociation de 21 articles au local, une première. « Nous avons négocié une lettre d'entente permettant la titularisation des postes. Tous les postes précaires ont d'abord été rehaussés à 7-14 (7 jours de travail et 7 jours de congé). Ensuite, nous avons entrepris de les transformer en postes à temps complet, en comptabilisant les heures supplémentaires ou de remplacement réalisées. »

Combattre l'individualisme

Le plus gros défi? Convaincre les membres. « L'individualisme était bien enraciné, tout comme la question de l'ancienneté et de la "juste part des p'tites jeunes". On a dû conscientiser, mobiliser, tenir plusieurs assemblées. Mais, depuis, cette lettre d'entente est reconduite à chaque négociation », poursuit-elle.

Le syndicat est allé encore plus loin. « On s'est dit qu'on se partagerait la misère des quarts de nuit. Les personnes sont embauchées sur des postes jour-nuit, mais doivent travailler minimalement 50 % de jour. Cela a créé une nouvelle dynamique, favorisé la rétention du personnel, diminué le temps supplémentaire de moitié et rendu possible la prise des congés. Quant aux agences privées, elles ont disparu des établissements », poursuit-elle.

« Aujourd'hui, les infirmières qui le souhaitent (80 à 85 %) ont un poste à temps complet, même celles nouvellement embauchées. Du côté des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes, 75 % ont obtenu un rehaussement de poste. C'est un processus continu. Nous sommes très fiers du chemin parcouru! »


1 Micheline Barriault est présidente du Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l’Est du Québec (SIIIEQ-CSQ).