Nicole de Sève, Collaboration

Communications, cultures, et territoires - Les défis du syndicalisme autochtone

8 mars 2017

Kangiqsualujjuaq

Kangiqsualujjuaq

Le Nunavik1 et Eeyou Istchee2, c'est presque le bout du monde. Comment la vie syndicale s'anime-t-elle dans l'immensité de ces territoires?

Défis et succès de l'Association des employés du Nord québécois, qui représente plus de 1600 membres du réseau scolaire et de CPE travaillant dans ces communautés, de même qu'à Montréal, à Gatineau, à Saint-Jérôme, à Opitciwan, à Wemotaci et à Matimekush-Lac-John.

Larry Imbeault3 est catégorique : l'une des difficultés est la communication. « Plusieurs n'ont pas de téléphone ou d'ordinateur à la maison, et le réseau Internet n'est pas toujours fiable. De plus, certains parlent uniquement l'inuktitut. »

Le syndicaliste inuit ajoute que l'étendue du territoire et les frais de déplacement très élevés constituent une autre grande difficulté, rendant impossible une tournée des différents milieux, à moins qu'elle ne dure près de deux mois...

Une dynamique particulière

Une assemblée générale avec tous les membres est donc impensable. « Nous tenons des assemblées délocalisées. Le délégué local organise et préside la réunion », explique François Beauchemin4.

Il ajoute que le personnel enseignant autochtone, qui représente 40 % des membres, s'implique peu comme délégué. « Lors des assemblées, il a tendance à se taire et à se retirer. Toutefois, lors du congrès triennal, qui réunit une centaine de représentants de toutes les communautés, c'est différent. Il est plus à l'aise de s'exprimer en raison de la traduction simultanée en anglais, en inuktitut et en cri. »

Du côté du personnel de soutien, la situation varie. « À la Commission scolaire Kativik, par exemple, le recrutement est difficile. Le sentiment d'appartenance n'est pas facile à implanter, car le syndicat est encore vu, par plusieurs, comme une affaire de blancs. Malgré nos efforts, d'autres ne comprennent pas notre utilité et préfèrent régler leurs problèmes sans nous ou décident de démissionner », ajoute Larry Imbeault.

Des initiatives qui portent fruit

Stimuler la vie syndicale est donc un objectif important. Un comité autochtone a été créé pour accroitre la participation et soutenir le comité exécutif sur certains enjeux, dont l'enseignement de la langue et de la culture autochtone.

Plusieurs stratégies et plusieurs outils visant à améliorer la consultation et à renforcer le sentiment d'appartenance ont également été développés. Larry Imbeault et François Beauchemin observent d'ailleurs un changement sur le plan de la participation, comme en témoigne la mobilisation sans précédent des membres lors de la dernière négociation.


1 Nunavik : 14 communautés inuites sur plus de 507 000 km2.
2 Territoire des Cris de la Baie-James : 9 communautés cries sur plus de 340 000 km2.
3 Larry Imbeault est président de l’Association des employés du Nord québécois (AENQ-CSQ).
4 François Beauchemin est conseiller syndical à l’AENQ-CSQ.