Claude Girard, Conseiller CSQ aux communications
Marie-Ève Imonti, Attachée de presse CSQ

Quand la recherche d'économies met en péril la santé des patients

17 mars 2016

Andrée Guillemette, présidente du SIIIACQ-CSQ, Nathalie Savard, présidente du SIISNEQ-CSQ, Micheline Barriault, présidente du SIIIEQ-CSQ, Isabelle Dumaine, présidente du SIIIAL-CSQ

Andrée Guillemette, présidente du SIIIACQ-CSQ, Nathalie Savard, présidente du SIISNEQ-CSQ, Micheline Barriault, présidente du SIIIEQ-CSQ, Isabelle Dumaine, présidente du SIIIAL-CSQ

Les mesures d'austérité du gouvernement Couillard ont des effets dévastateurs en santé tant dans l'offre de services et de soins que dans les milieux de travail. Elles entraînent aussi des répercussions socioéconomiques importantes dans les régions, qui voient disparaître de leur économie des dizaines de millions de dollars par année.

« Dans certaines régions, la situation est plus alarmante qu'ailleurs, notamment au CISSS de la Côte-Nord, où de nouvelles compressions de 12 millions de dollars ont été annoncées, au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, où les coupes totalisent plus de 25 millions de dollars, et au CISSS de la Gaspésie, où les administrateurs privent la population de services essentiels afin de récupérer 22 millions de dollars », explique Claire Montour, la présidente de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ).

Mobilisation populaire en Gaspésie

Le Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l'Est du Québec (SIIIEQ-CSQ) a d'ailleurs interpellé directement le ministre Gaétan Barrette cet automne, avec une pétition de plusieurs milliers de noms réclamant l'annulation des fermetures de lits, d'abolitions de postes et des fusions de centres d'activités dans les établissements de santé sur le territoire de la Baie-des-Chaleurs. Cette action a valu au syndicat et à sa présidente, Micheline Barriault, d'obtenir une rencontre avec le ministre de la Santé pour le sensibiliser à la situation.

« Ces coupes ont des conséquences réelles, tant sur les services offerts à la population que sur les infirmières et infirmières auxiliaires travaillant dans les unités touchées. Nous constatons déjà une diminution de la qualité et de la quantité des services offerts à la population. C'est absolument inacceptable ! Les citoyennes et citoyens, ainsi que nos membres, n'en reviennent pas que la recherche d'économies soit en train de mettre en péril la santé et la vie des patients », dénonce la présidente du SIIIEQ-CSQ.

Cette mobilisation menée par le syndicat a reçu beaucoup d'échos dans la population et les médias de la région, plaçant sur la défensive les administrateurs du CISSS de la Gaspésie. Il faut ajouter qu'au Bas-Saint-Laurent, c'est près de 17 millions de dollars qui ont été amputés dans le budget.

Des interventions publiques qui se multiplient

Pour sa part, la présidente du Syndicat des intervenantes et intervenants de la santé du Nord-Est québécois (SIISNEQ-CSQ), Nathalie Savard, multiplie les interventions publiques pour combattre toute mesure d'austérité dans les établissements qui affectera les services et les soins de santé à la population.

En conférence de presse le 3 février dernier, la présidente du SIISNEQ-CSQ, accompagnée de la première vice-présidente de la CSQ, Sonia Éthier, et de la présidente de la FSQ-CSQ, Claire Montour, a appelé à lutter contre l'austérité.

« C'est la population et les personnes salariées qui font les frais des politiques d'austérité du gouvernement Couillard. Le démantèlement de nos services publics au profit du secteur privé devient de plus en plus une réalité et menace l'accessibilité universelle aux soins de santé et aux services sociaux », soutient Nathalie Savard.

Au CISSS de la Côte-Nord, où l'on annonce de nouvelles compressions de 12 millions de dollars, le déficit anticipé pour cette année est de 6,3 millions. « La main-d'œuvre indépendante coûte 10 millions de dollars par année, montant que l'on veut réduire de 1,7 million. Du même coup, il n'y a plus d'affichage de postes au CISSS de la Côte-Nord, alors comment pense-t-on pouvoir recruter et retenir le personnel et ainsi diminuer le recours à la main-d'œuvre indépendante ? C'est vraiment n'importe quoi ! », s'exclame-t-elle.

Mentionnons qu'au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les compressions budgétaires s'élèvent à 18 millions de dollars cette année seulement et, depuis cinq ans, la somme s'élève à 50 millions, ce qui équivaut à plus de 800 emplois perdus. De plus, au CRSSS de la Baie-James, les compressions atteignent près de 1 million cette année. « Ces compressions rendent les conditions de travail de nos membres inhumaines, car ces personnes doivent faire encore plus, encore mieux, avec toujours moins de ressources », dénonce la présidente.

Le démantèlement de nos services publics au profit du secteur privé devient de plus en plus une réalité et menace l'accessibilité universelle aux soins de santé et aux services sociaux

Des compressions qui font mal

Dans la région de la Mauricie–Centre-du-Québec, l'effort budgétaire demandé par le gouvernement libéral est plus que significatif. En effet, les compressions pour l'année en cours se chiffrent à plus de 25 millions de dollars. La présidente du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes, infirmières auxiliaires du Cœur-du-Québec (SIIIACQ-CSQ), Andrée Guillemette, soutient que ces compressions font encore plus mal dans un contexte où le personnel des établissements de santé de la région doit composer avec de nombreux chambardements faisant suite à la fusion des établissements de santé.

« Le gouvernement a bien peu d'égards pour le personnel de la santé, à bout de souffle, et les patients qui réclament, à juste titre, des soins auxquels ils ont droit. Le syndicat assure une vigilance constante dans les établissements de santé de la région pour s'assurer que des services de santé de qualité seront toujours au rendez-vous pour les gens de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Cette vigilance est essentielle dans le contexte actuel », explique Andrée Guillemette.

Incertitude et rumeurs à Laval

De son côté, la présidente du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (SIIIAL-CSQ), Isabelle Dumaine, s'insurge contre le climat d'incertitude total qui règne au CISSS de Laval.

« La fusion date déjà de près d'un an, et nous sommes encore dans le brouillard sur plusieurs points. En effet, les réorganisations administratives ne sont toujours pas terminées, alors que les nominations à certains postes de direction sont encore à venir. Ce n'est guère mieux du côté des réorganisations cliniques, où ça sent l'improvisation. On nous annonce des choses sans être en mesure de nous dire concrètement comment cela va s'effectuer dans la vie de tous les jours. Et comme si ce n'était pas suffisant, il y a toutes sortes de rumeurs de changements dans l'organisation du travail qui circulent, sans que personne en autorité ne soit en mesure de nous dire ce qu'il en est exactement », conclut Isabelle Dumaine.