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Gabriel Danis, Conseiller CSQ aux dossiers sociopolitiques

Réforme de l'immigration - Sacrifier la pérennité du français pour satisfaire les entreprises

11 mars 2016

Le gouvernement Couillard souhaite apporter des changements majeurs dans la façon de sélectionner les personnes immigrantes. Sur l'autel de l'adéquation formation-emploi, il entend sacrifier la connaissance du français, au risque de nourrir la tranquille anglicisation du Québec et de son marché du travail. Pourtant, cette connaissance de la langue est un préalable incontournable au dialogue et au rapprochement interculturels.

Rappelons que la ministre de l'Immigration, Kathleen Weil, a lancé l'an dernier une consultation visant à doter le Québec d'une nouvelle politique d'immigration, d'inclusion et d'intégration. La CSQ a participé à cette consultation en soumettant une série de propositions visant à faire de la pérennité du français un élément central.

Un chèque en blanc

Bien que le Conseil exécutif du gouvernement ait accepté la nouvelle politique d'immigration1, au moment d'écrire ces lignes, elle n'est toujours pas rendue publique, plus d'un an après la consultation. Cela n'a pas empêché le gouvernement de déposer le projet de loi no 77 visant à moderniser l'actuelle Loi sur l'immigration au Québec. En gardant secrète la politique d'immigration, le gouvernementne facilite pas le débat public entourant le projet de loi et oblige les acteurs sociaux à anticiper ses intentions.

De plus, la commission parlementaire entourant ce projet de loi n'est ni plus ni moins qu'un simulacre, puisque le gouvernement entend statuer par voie règlementaire – donc sans débat parlementaire – sur plusieurs enjeux. Mieux encore, il ne sera plus tenu de publier ses règlements. À cela s'ajoute la concentration d'un nombre important de pouvoirs entre les mains de la ministre, une tendance observée récemment en éducation et en santé.

C'est donc à signer un chèque en blanc que l'on nous convie.

L'obsession de l'adéquation formation-emploi et... immigration !

Selon la nouvelle politique, les immigrantes et les immigrants devront dorénavant soumettre une déclaration d'intérêt à s'installer au Québec. Si leur déclaration s'arrime avec les besoins ponctuels et régionaux du marché du travail, la ministre Weil pourra sélectionner ces personnes de façon prioritaire. Mais qu'en sera-t-il de la pondération accordée à la connaissance du français ? Devant une hypothétique pénurie de la maind'oeuvre, montée en épingle par les organisations patronales, tout indique que le gouvernement abandonnera cet objectif, pourtant central depuis des décennies.

Mauvais choix, cible ratée !

Une récente étude2 de l'Institut de recherche en économie contemporaine illustre clairement que le gouvernement rate sa cible en immigration. On y révèle que le gouvernement sous-finance les services de francisation, que les immigrantes et immigrants anglotropes (anglophones ou de pays d'héritage anglo-saxon) s'inscrivent très peu en francisation, qu'ils ont tendance à travailler majoritairement en anglais et qu'ils ont un taux de rétention de beaucoup inférieur aux immigrants francotropes (francophonie et Amérique Latine).

En souhaitant diminuer la pondération accordée à la connaissance du français dans la sélection des immigrants, le nombre d'immigrants anglotropes augmentera nécessairement, ce qui contribuera à accentuer une tendance lourde, soit l'anglicisation graduelle du Québec et du marché du travail.

Pour inverser cette tendance, le Québec n'a d'autres choix : que faire de la connaissance du français un élément important de la sélection des immigrants ; qu'investir massivement en francisation et renforcer le français comme langue de travail.

Qui fait quoi ?

La politique d'immigration du Québec définit les grands axes et les objectifs, tout en orientant les différentes stratégies où sont notamment définis la nature et le volume des niveaux d'immigration.

La Loi sur l'immigration au Québec définit les obligations et les responsabilités légales de l'État et du ministère de l'Immigration.

Québec ou Ottawa ?

Québec est responsable de la sélection des immigrants économiques (travailleurs qualifiés et investisseurs). Ottawa est responsable de la sélection des réfugiés et des immigrants du programme de réunification familiale, en plus d'être le seul habilité à décerner la citoyenneté canadienne.


1Gazette officielle du Québec (2015). 147e année, no 47 (25 novembre).
2 INSTITUT DE RECHERCHE EN ÉCONOMIE CONTEMPORAINE (2016). Le Québec rate sa cible (janvier).