Nicole de Sève, Collaboration

« L’austérité est sexiste »

11 mars 2016

Aurélie Lanctôt, auteure du livre Les libéraux n’aiment pas les femmes.

Aurélie Lanctôt, auteure du livre Les libéraux n’aiment pas les femmes.

Les politiques du gouvernement Couillard nuisent aux femmes. Interpellés, ses ministres refusent d'en considérer les effets ou nient les faits. « L'équilibre budgétaire n'est qu'un outil neutre et technocratique, une politique qui n'a rien de sexiste », répètent-ils, comme un mantra. Ils n'aspirent qu'à une gouvernance technocratique et comptable. Le principe de l'égalité entre les sexes s'en trouve sacrifié, et ce sont les femmes qui en souffrent le plus. C'est le constat que livre, avec brio, Aurélie Lanctôt dans Les libéraux n'aiment pas les femmes.

Nouvelles CSQ : Dans votre essai, vous portez une attention particulière aux réseaux de l'éducation, de la santé, des services sociaux ainsi qu'aux organismes communautaires. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris ?

Aurélie Lanctôt : Les attaques contre ces réseaux sont pires que ce que je croyais au départ. Qu'elles soient infirmières, enseignantes, orthopédagogues ou travailleuses communautaires, toutes les femmes interrogées m'ont dit : « C'est idéologique ce qu'on vit. On le sait, on le sent ! »

Selon vous, la situation qui prévaut actuellement dans le réseau communautaire est-elle révélatrice de la gouvernance néolibérale ?

Absolument ! Ce que le système public ne peut plus prendre en charge se retrouve dans les organismes communautaires. Ils sont alors confrontés à de nouveaux problèmes, car les besoins, eux, n'ont pas disparu.

Par exemple, les maisons pour femmes victimes de violence sont débordées par l'arrivée de femmes sans ressources ou aux prises avec des troubles de santé mentale et ne sachant plus où aller. La pauvreté prend un nouveau visage : elle est plus diversifiée, mais aussi plus subtile, moins visible.

Vous affirmez qu'en éducation, le gouvernement sème les graines d'un véritable désastre...

L'éducation publique doit permettre l'égalité des chances. Or, en coupant aveuglément dans les services aux élèves, en surchargeant les classes – ce qui diminue la qualité de l'enseignement –, c'est toute une génération que l'on sacrifie sur l'autel de la rigueur budgétaire.

Actuellement, les jeunes en difficulté n'ont pas accès aux ressources pour terminer leurs études. L'enseignante se demande qui, dans ses élèves, obtiendra son diplôme du secondaire. Le décrochage s'installe, particulièrement chez les filles, alors que les ressources professionnelles sont de plus en plus absentes de nos écoles. Dans 15 ou 20 ans, nous en constaterons les dégâts. Et cela nous coûtera beaucoup plus cher à « réparer ».

Vous critiquez sévèrement l'organisation du travail que tente d'imposer le gouvernement...

Non seulement on impose au personnel de la santé un rythme de travail qui n'a aucun sens, mais, en plus, on en liquide le sens. Le soin n'est plus le soin, c'est la production de la guérison. Dans les milieux de la santé, la relation d'aide, qui est tellement importante, disparait sur l'autel de l'efficacité. Le vocabulaire est emprunté au monde de la production, avec des objectifs quantifiés à atteindre. C'est hallucinant !

Selon vous, le Québec plonge dans la noirceur. L'indifférence des libéraux face aux conséquences de leurs décisions vous indigne...

Je sais, c'est un propos pessimiste, mais on a grugé jusqu'à l'os, et il ne reste plus rien... Les conséquences sont dramatiques, particulièrement pour les femmes. Une alternative est possible. Il faut développer une réponse démocratique, proposer un contre-projet, se mobiliser pour contrer l'hégémonie du discours public. Cela prend beaucoup d'éducation politique, ce n'est pas gagné, mais les mobilisations actuelles donnent espoir.