Jacques Tondreau, Directeur CSQ du Service de l’action professionnelle et sociale

Élèves issus d’un milieu défavorisé - Égalité des chances et inégalité des résultats

11 mars 2016

Depuis une cinquantaine d'années, plusieurs pays ont instauré des politiques d'intervention dans les écoles en milieu défavorisé pour aider les élèves à mieux réussir. Toutefois, leurs effets sur la persévérance et la réussite scolaires sont plutôt limités, comme en témoignent les contre-performances quasi généralisées de ces programmes partout dans le monde. En cherchant à régler des problèmes sociaux avec des solutions scolaires, faisons-nous fausse route ?

Au début des années 1960, la démocratisation de l'éducation donne accès aux études secondaires à tous les jeunes du Québec. Le Québec amorce alors une période de prospérité économique importante, et on attend des établissements scolaires qu'ils forment une main-d'œuvre compétente. À l'époque, on croyait fermement que l'éducation pouvait sortir les jeunes de la pauvreté, comme en témoigne le dicton : « Qui s'instruit s'enrichit. »

L'école ne peut tout régler

Toutefois, les politiques éducatives d'intervention en milieu défavorisé ont été construites sur un optimisme débordant quant à la capacité de l'école à réduire les écarts de réussite entre les jeunes provenant d'un milieu défavorisé et les autres. Au fil du temps, ces politiques ont fait prendre conscience d'un fait important : l'école ne peut, à elle seule, transformer la société.

Un travail doit être réalisé en amont

Pour que les écoles puissent jouer adéquatement un rôle de transformation sociale, un travail doit être réalisé, en amont, pour réduire les inégalités sociales. Plusieurs moyens efficaces existent pour lutter contre la pauvreté, comme l'impôt progressif – qui assure une meilleure répartition de la richesse –, des politiques de soutien aux familles, des logements abordables pour les parents vivant avec de faibles revenus ainsi qu'une hausse du salaire minimum ou des suppléments de revenus.

Des mesures efficaces

À travers le temps, des mesures ont démontré une certaine efficacité. La meilleure d'entre elles est, sans conteste, l'aide alimentaire dans les écoles en milieu défavorisé. Malheureusement, on a vu dernièrement des écoles sabrer cette mesure, sous la pression des coupes en éducation.

Toute autre mesure visant à améliorer le climat de l'école, à réduire le roulement du personnel et des élèves ou à assurer une plus grande mixité scolaire dans la classe, en regroupant des élèves ayant des résultats scolaires différents, sont aussi favorables à l'apprentissage des élèves de milieu défavorisé et à leur réussite, comme le démontre amplement la recherche.

Des politiques aux lacunes importantes

Cependant, les politiques d'intervention en milieu défavorisé ne font généralement pas appel aux pratiques du personnel des établissements scolaires, alors que leur expérience permettrait d'éviter de nombreux écueils dans leur implantation. D'autres lacunes importantes existent, comme en témoigne, par exemple, l'évaluation de la stratégie d'intervention Agir autrement (SIAA).

Mise en place, en 2002, pour soutenir les écoles en milieu défavorisé, cette dernière n'a démontré aucun effet à la baisse sur le décrochage scolaire. Pourquoi ? La démarche structurée, dans laquelle les écoles devaient s'inscrire, s'est avérée trop exigeante. À cela se sont ajoutées la complexité de l'opération pour les établissements, une concentration des décisions entre les mains des directions et une démarche de planification empreinte d'impératifs administratifs, suscitant peu la mobilisation du personnel.

Il y a ici matière à réflexion pour des autorités politiques aux attentes souvent démesurées quant à la capacité de l'école à changer la donne pour les élèves. Ces autorités devraient d'abord se questionner sur leur propre capacité à concevoir, puis à mettre en place des politiques qui aient du sens pour les écoles, leur personnel et les élèves.

L'école ne peut, à elle seule, transformer la société.

Des leçons à tirer des écoles en milieu défavorisé

Par ailleurs, certaines écoles en milieu défavorisé parviennent à faire réussir leurs élèves au-delà de ce qui est attendu. Cela signifie que, malgré la performance décevante des politiques éducatives en milieu défavorisé, elles trouvent des moyens de mener plus d'élèves vers la réussite. La recherche montre, notamment, qu'elles ont des attentes élevées envers les élèves en matière d'apprentissage, malgré les difficultés d'apprentissage ou de comportement de ces derniers.

Le personnel de l'éducation, un acteur clé

L'école n'a pas le pouvoir de redresser à elle seule les travers d'un capitalisme créateur d'inégalités économiques. C'est dans sa sphère d'influence et d'intervention privilégiée – l'action pédagogique – qu'elle peut être la plus efficace. Donnons donc au personnel des écoles les moyens de remplir cette importante mission en leur permettant, entre autres, de faire jouer pleinement leur expérience pour favoriser la persévérance scolaire et la réussite éducative des élèves.

L'école en milieu défavorisé

Le décrochage scolaire est un enjeu majeur dans la plupart des pays. Dans son essai L'école en milieu défavorisé, Jacques Tondreau retrace la genèse et analyse l'évolution des politiques d'éducation destinées aux élèves issus d'un milieu défavorisé dans plusieurs pays et provinces. Un livre qui plaira à celles et ceux qui s'intéressent aux enjeux liés à la persévérance et à la réussite scolaires.