Maxime Garneau, Conseiller FSE-CSQ aux communications

Deux poids, deux mesures pour les adultes en formation ?

11 mars 2016

Heather Cregg, Daniel Baril et Jean-François Boivin sont conférenciers au Rendez-vous CSQ de l'éducation

Heather Cregg, Daniel Baril et Jean-François Boivin sont conférenciers au Rendez-vous CSQ de l'éducation

Au Québec, plus de 300 000 adultes fréquentent la formation générale des adultes (FGA) et la formation professionnelle (FP). Alors que notre réseau scolaire ressent présentement les effets de la baisse démographique au niveau secondaire, les inscriptions sont en hausse à la FGA et à la FP depuis une dizaine d'années. Pourtant, les services complémentaires auxquels ont droit les élèves du secteur des jeunes y sont à peu près inexistants. Les adultes en formation sont-ils traités de façon inéquitable ?

Beaucoup d'adultes arrivent dans les centres de formation après un parcours scolaire difficile. Certains ont vécu plusieurs échecs, alors que d'autres se relèvent de difficultés importantes sur le plan personnel. Les ressources pour encadrer ces personnes et leur fournir l'aide nécessaire font trop souvent défaut.

« Un nombre important d'adultes s'inscrivant à la FGA sont des élèves qui étaient en difficulté au primaire et au secondaire, et qui avaient droit à des services particuliers. À l'éducation des adultes, ces ressources sont virtuellement inexistantes », explique Jean-François Boivin, conseiller syndical au Syndicat de l'enseignement du Saguenay (SES-CSQ).

« On pourrait dire qu'il existe une forme de discrimination basée sur l'âge. Quand tu as 16 ans et que tu quittes l'école secondaire pour un centre d'éducation des adultes, tu n'as soudainement plus les mêmes droits, les mêmes ressources. Cette situation est inacceptable et constitue un important facteur d'inégalité qui défavorise les adultes en formation », ajoute Daniel Baril, directeur général de l'Institut de coopération pour l'éducation des adultes (ICÉA).

Dans un système d’éducation public comme le nôtre, tous les élèves devraient pouvoir poursuivre leurs rêves, et personne ne devrait avoir à suivre une voie déjà tracée.

Pas la même chance pour tous

Selon Jean-François Boivin, qui a enseigné au Centre de formation générale des adultes des Rives-du-Saguenay pendant plus de 20 ans, certains éléments sont inéquitables, dès le départ, pour les personnes les plus vulnérables.

« Les adultes qui choisissent de faire un retour sur les bancs d'école démontrent beaucoup de courage. Quand leur décision est prise, il ne faut surtout pas freiner leur enthousiasme. Il faut au contraire que tout se fasse rapidement et facilement. Malheureusement, certains se découragent dès le départ, parce que leurs acquis scolaires limités rendent difficile la préparation des formulaires ou parce qu'ils n'ont pas les compétences requises pour s'inscrire en utilisant Internet. D'autres n'ont tout simplement pas accès à un ordinateur », explique-t-il.

Souvent, des éléments aussi terre à terre que l'inscription et la conciliation famille-travail peuvent être des obstacles majeurs. « On aborde fréquemment la lutte contre les inégalités de façon très théorique et philosophique. Si on souhaite améliorer les choses, il faut s'assurer que toutes ces personnes rencontrent le moins d'embûches possible », ajoute Daniel Baril.

Écrire son avenir

Pour Jean-François Boivin, d'autres enjeux menacent l'égalité des chances à la FGA et à la FP. « On aime dire que chaque élève mérite une chance égale d'écrire son avenir. Pour que ce soit possible, tous doivent pouvoir choisir le programme de formation qui les passionne. Or, le gouvernement souhaite de plus en plus adapter l'offre de formation aux besoins des milieux et des entreprises. Dans un système d'éducation public comme le nôtre, tous les élèves devraient pouvoir poursuivre leurs rêves, et personne ne devrait avoir à suivre une voie déjà tracée. »

« Le traitement inéquitable, souvent réservé à l'éducation des adultes, découle en partie de la méconnaissance de ce milieu, estime Daniel Baril. Quand on parle d'un élève du primaire ou du secondaire, tout le monde a une bonne idée de sa réalité, de son quotidien. Même chose pour un étudiant qui fréquente le cégep ou l'université. Cependant, quand il s'agit d'un adulte qui suit une formation dans un centre, bien peu de gens peuvent en parler. Dans notre système d'éducation, on valorise tous les secteurs, du préscolaire à l'université, mais on oublie souvent la FGA et la FP. »

« Ce désintérêt envers la FGA et la FP se traduit aussi dans les conditions de travail du personnel. La précarité d'emploi touche environ trois enseignants sur quatre dans ces secteurs. Cette situation a d'importantes répercussions sur la stabilité et le suivi des projets dans les centres », ajoute Heather Cregg, troisième vice-présidente du Syndicat de l'enseignement du Lanaudière (SEL-CSQ).

« Pourtant, la formation générale des adultes et la formation professionnelle constituent des éléments importants de notre système d'éducation public. En permettant à plusieurs adultes d'acquérir une formation générale ou un métier, ces secteurs jouent un rôle clé pour favoriser l'égalité des chances dans le réseau scolaire québécois », conclut-elle.