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Nicole de Sève, Collaboration

Prix Mérite CSQ 2015 - Jean-Noël Grenier, un homme d'exception !

14 octobre 2015

Jean-Noël Grenier et Louise Chabot

Jean-Noël Grenier et Louise Chabot

J’ai fait le choix d’être un professeur militant qui s’investit dans la justice sociale et la promotion du syndicalisme. J’ai choisi d’aider les organisations syndicales à demeurer pertinentes et à être à la fine pointe non seulement de la défense des intérêts de leurs membres, mais aussi de l’ensemble de la population du Québec.

Ce propos, c’est celui de Jean-Noël Grenier, professeur au Département des relations industrielles à l’Université Laval et chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT).

Lors du 41e Congrès de la Centrale, il s’est vu décerner le prix Mérite CSQ 2015. Ce prix, il l’a reçu avec beaucoup d’émotion. « Il vient valider mon choix. Il est important, car il m’est offert par la seule organisation syndicale dédiée entièrement à la défense et à la promotion des services publics. Ces services qui font le lien social pour qu’une société fonctionne. »

De décrocheur à professeur d'université engagé

Issu d’une famille modeste, une mère couturière, un père pêcheur en Gaspésie et travailleur forestier qui n’avait qu’une 6e année, il se présente avec fierté, comme le pur produit de l’école publique. Ce potentiel décrocheur a raccroché à l’éducation des adultes. « Ce sont des enseignantes et des enseignants, des professionnels et du personnel de soutien qui m’ont donné le goût de continuer, qui ont fait en sorte que je me suis raccroché. J’ai un doctorat grâce à l’école publique. »

Aujourd’hui, il insiste, « il ne faut pas avoir peur de porter vos revendications sur la place publique, car elles sont justes. Que l’on parle de la petite enfance, de l’éducation, de la santé et des services sociaux, vous êtes là ! Il faut valoriser ce que vous faites. Il n’y a rien de mal à demander des améliorations aux conditions de travail pour rendre de meilleurs services. Sans les personnes qui donnent les services publics, on n’est rien, on n’est pas une société. »

Prenant acte que la période actuelle carbure à l’austérité et au néolibéralisme exacerbé, il fustige ce langage de rigueur budgétaire et la logique purement financière de la classe dirigeante. « Ce gouvernement propose la déconstruction des services publics, l’individualisme, la concurrence entre chacun et un appauvrissement. »

Son constat est clair : « Les personnes au pouvoir viennent du milieu de la finance, très loin de la réalité des besoins des populations. Elles ont éliminé les instances de concertation au Québec pour introduire des instances purement administratives et technocratiques, de façon à s’éloigner de la population. Elles utilisent un discours de division pour mieux faire passer leurs compressions. Elles opposent les syndiqués à la classe moyenne, les syndiqués aux usagers, les usagers à la classe moyenne. Leur discours, c’est de présenter les syndicats en affirmant qu’ils ont, supposément, des revendications d’une autre époque, des méthodes d’une autre époque. Mais ce sont leurs propos qui sont d’une autre époque. Vous êtes essentiels ! »

Saisir avec les membres la fenêtre d'opportunité

Jean-Noël Grenier est convaincu qu’il y a un vent de changement dans la société québécoise. Le renouveau syndical est en marche, c’est excitant. « Vous vous engagez dans un syndicalisme plus dynamique. Votre démarche vous rapproche de vos membres. Sans ses membres, une organisation syndicale ne veut rien dire. »

Selon lui, la Centrale peut relever ce défi et moderniser ses pratiques, notamment afin qu’elles collent plus à la réalité des jeunes générations. « S’impliquer dans un processus de renouveau, c’est de l’incertitude. Il n’y a pas vraiment de carte, de plan établi. Je salue la CSQ de s’engager dans un tel processus, qui est exigeant. »

Il constate que les nouvelles formes de mobilisation dans les milieux de travail valorisent le travail des membres et changent la perspective de la population. « Ces gestes frappent car ils présentent votre quotidien, votre travail. C’est efficace ! En 2014, vous aviez des motifs de vous décourager face à une population qui était contre vous. En 2015, c’est la population qui se tourne contre le gouvernement. C’est un changement majeur, les gens ne croient plus le gouvernement lorsqu’il dit ne pas toucher aux services publics. »

C’est pourquoi il invite les syndicats de la CSQ et ses membres à être fiers de leur combat pour le progrès social, la justice, l’équité et la solidarité. « Vous nous donnez de l’espoir ! Votre combat est juste ! C’est un combat de riposte et d’action. Il est mené pour l’ensemble de la population du Québec. Vous devriez vous donner une petite tape dans le dos. »