Pierre Lefebvre, Conseiller CSQ en santé et sécurité du travail

Les effets pathogènes des politiques d’austérité

5 octobre 2015

Les politiques d'austérité du gouvernement Couillard ont, et auront, des effets importants sur les milieux de travail dans les services publics. Et les dégâts ne se limiteront pas là... Sur la foi des résultats d'une vaste enquête, conduite auprès de plus de 5 000 personnes en emploi1, on peut anticiper des effets tout aussi importants sur la santé physique et mentale des travailleuses et travailleurs touchés.

En augmentant l'insécurité d'emploi, la précarité contractuelle, la demande psychologique et les cadences de travail ; en diminuant le soutien social, la latitude décisionnelle et l'autonomie ; ainsi qu'en minimisant la reconnaissance au travail et du travail par des offres méprisantes dans le cadre des négociations du secteur public, le gouvernement risque de rendre l'organisation du travail encore plus pathogène qu'elle ne l'est déjà.

Cela pourrait se traduire par un accroissement du harcèlement psychologique ou sexuel et de la violence physique au travail, du présentéisme de longue durée, des troubles musculosquelettiques, de la fréquence des accidents du travail, ainsi que de la détresse psychologique et des symptômes dépressifs.

Qualité du travail et santé du personnel compromis

Les auteurs du rapport soulignent, en effet, que « les transformations du travail actuelles mettent les collectifs à rude épreuve en entravant les possibilités de coopération et de collaboration entre collègues », une situation qui se répercute sur la possibilité d'accomplir un travail de qualité ainsi que sur la capacité des travailleuses et travailleurs à se protéger des accidents et des problèmes de santé psychologique.

Quant au sentiment de ne pas avoir les moyens de faire un travail de qualité, il serait aussi bien lié à l'augmentation de la vitesse ou de la charge de travail qu'au fait de ne pas disposer d'outils ou de moyens adéquats pour accomplir la tâche. Résultat : les travailleuses et les travailleurs ne sont plus en mesure d'utiliser les stratégies protectrices qu'ils ont développées, ce qui augmente leur risque de subir un accident.

Les TMS et la détresse psychologique

Par ailleurs, si les troubles musculosquelettiques (TMS) sont d'abord associés aux contraintes physiques, l'enquête démontre une prévalence beaucoup plus grande des TMS chez les personnes exposées à des contraintes organisationnelles et psychosociales du travail, telles que tension au travail, tension au travail avec faible soutien, déséquilibre effort – reconnaissance, tension avec le public, harcèlement psychologique ou sexuel, etc. La prévalence des TMS est statistiquement reliée à la détresse psychologique et aux symptômes dépressifs.

Aussi, « l'insécurité d'emploi et la précarité contractuelle sont associées de façon importante à la détresse psychologique, particulièrement chez les femmes. Il en va de même pour une exposition à une demande psychologique élevée, surtout en l'absence de latitude décisionnelle et de soutien au travail, ou lorsque les travailleurs n'ont pas les moyens de faire un travail de qualité ou sont victimes de harcèlement psychologique. De plus, les travailleuses [du] secteur de l'enseignement [...] sont davantage atteintes de détresse psychologique ».

Des milieux de travail plus à risque...

Et les auteurs de conclure que « l'ensemble de ces résultats laisse soupçonner qu'il existe des milieux de travail plus à risque que d'autres du fait du cumul de plusieurs caractéristiques critiques en termes de risque d'accidents, comme le manque de marge de manœuvre, des contraintes temporelles et physiques importantes, des problèmes de soutien social, la rigidité de l'horaire et des lacunes en matière de reconnaissance ». Les services publics entrent certes dans cette catégorie.


1 INSTITUT DE RECHERCHE ROBERT-SAUVÉ EN SANTÉ ET SÉCURITÉ DU TRAVAIL (2011). Enquête québécoise sur des conditions de travail, d’emploi et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST), Rapport R-691 (septembre), 986 p. (Un sommaire est aussi disponible sur le site de l’Institut : www.irsst.qc.ca).
2 Id., ibid., p. 561.
3 Id., ibid., p. 629.
4 Id., ibid., p. 562.