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Nathalie Chabot, Conseillère CSQ à l'action professionnell

Le réseau scolaire dans la tourmente

8 octobre 2015

Ne dit-on pas qu'il faut savoir trouver l'opportunité dans l'adversité ? Malgré les embûches, le personnel de l'éducation se mobilise, plus que jamais, et d'autres partenaires s'unissent à lui pour défendre avec vigueur la qualité des services éducatifs. Depuis de nombreuses années, nous clamons l'importance de faire de l'éducation une véritable priorité nationale. Ce message revêt une importance capitale dans le contexte actuel. Nouvelles CSQ présente un bref survol des principaux éléments au cœur de la crise qui secoue le réseau scolaire.

Lors de la conférence de presse de la rentrée, la présidente de la CSQ, Louise Chabot, a expressément demandé au ministre Blais « d'arrêter de presser le citron ». On le sait, depuis cinq ans, c'est plus d'un milliard de dollars qui a été coupé dans le système d'éducation et la faible hausse de 0,2 % des sommes allouées à l'éducation pour l'année en cours est nettement insuffisante pour combler les besoins. D'autant plus que ceux-ci ne cessent d'augmenter. D'une part, parce que les cas d'enfants ayant des besoins particuliers se font de plus en plus nombreux et, d'autre part, parce que nous entrons dans une période où la clientèle scolaire sera en augmentation de plus de 1 % par année jusqu'en 20241.

Des compressions aux multiples conséquences

Les conséquences de ces compressions se font nettement sentir dans le milieu, tant auprès des élèves – qui ne reçoivent pas les services dont ils ont besoin – qu'auprès du personnel scolaire n'arrivant plus à suffire à la tâche. Après avoir nié la réalité durant des mois, le premier ministre a récemment admis que sa course vers le déficit zéro avait un impact réel sur les services aux élèves2.

À titre d'exemple, du côté du personnel professionnel, ce sont plus de 250 postes qui ont été supprimés, jusqu'à maintenant, en psychoéducation, en psychologie, en orthopédagogie, en conseillance pédagogique et en animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire. Du côté du personnel de soutien, on se voit dans l'obligation de réduire les heures de services et de couper des postes là aussi, notamment des postes d'éducatrices et éducateurs spécialisés. Les élèves sont donc privés du soutien dont ils ont besoin et le personnel enseignant se retrouve démuni face à cette situation.

Pour leur part, les parents se voient de plus en plus confrontés à une tarification des services. Les frais que l'on exige d'eux à la rentrée scolaire et en cours d'année ne cessent d'augmenter, fragilisant les familles pauvres qui assument difficilement ces tarifs supplémentaires. Pour la CSQ, il s'agit d'une attaque aux principes de gratuité scolaire et d'égalité des chances sur lesquels repose notre système d'éducation.

Même les initiatives régionales en persévérance scolaire ont écopé de coupes budgétaires, des dizaines de millions qui ne seront pas consacrés à la lutte au décrochage. Et ce n'est pas rien, la lutte au décrochage scolaire est un combat important, voire essentiel, mené depuis près de trente ans par des gouvernements antérieurs, des organismes du milieu et le monde syndical.

Des changements en éducation qui tardent à se préciser

En plus de devoir composer avec d'importantes compressions, il est bien difficile pour le personnel scolaire de savoir où mèneront les changements en éducation annoncés depuis plus de 17 mois. La CSQ demande depuis le début que le gouvernement s'engage dans une véritable réflexion et un réel dialogue avec tous les intervenants et intervenantes du milieu sur les grands enjeux éducatifs comme la réussite des élèves, les services qui leur sont nécessaires, l'amélioration de leurs conditions d'apprentissage et des conditions d'exercice du personnel. Nous avons beau réclamer cet exercice de réflexion, chaque fois, nous nous heurtons au silence du gouvernement.

Toutefois, le premier ministre, au grand bonheur de son ministre de l'Éducation, n'hésite pas à convier la population à réfléchir à ce que devrait être notre système d'éducation dans le cadre d'un forum organisé par le Parti libéral du Québec3, mais en omettant soigneusement de convier le personnel scolaire et ses représentantes et représentants à faire part de leur perspective.

Philippe Couillard a aussi ouvertement critiqué le « corporatisme » des syndicats. Aussi bien dire que pour lui, les syndicats n'ont plus leur place dans les grands débats sociaux. Pourtant, les positions défendues par la CSQ et ses fédérations sont le fruit de multiples débats, de recherches et d'analyses desquels émergent des consensus.

Des négociations qui traînent en longueur

Ce qui est au cœur des demandes du personnel de l'éducation dans le cadre des négociations nationales du secteur public, c'est d'abord et avant tout la qualité des services offerts aux enfants et aux jeunes dans nos écoles et nos centres.

Par exemple, lorsque le personnel scolaire sonne l'alarme quant aux conséquences que pourrait avoir l'augmentation du nombre d'élèves par classe, combinée à la diminution des services offerts aux élèves les plus vulnérables, il ne s'agit pas d'une question « corporatiste ». Au-delà de la défense des conditions de travail, c'est la qualité des conditions d'apprentissage des élèves qui est en jeu, les deux étant indissociables.

Or, les demandes du gouvernement au personnel du réseau scolaire n'ont d'autre résultat que de fragiliser l'éducation publique et de réduire la capacité du personnel à offrir une éducation de qualité.

Une mobilisation plus importante que jamais

Voilà donc le contexte dans lequel nous sommes forcés de naviguer en ce début d'année scolaire. Les compressions en éducation, le flou persistant quant aux intentions du ministre à l'égard des changements à venir et les offres inacceptables du gouvernement dans le cadre de la négociation du secteur public sont autant de raisons de renforcer notre détermination et notre mobilisation.


1QUÉBEC. MINISTÈRE DES FINANCES (2014). Le défi des finances publiques du Québec, Budget 2014-2015.
2http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201509/22/01-4902893-les-compressions-affectent-les-services-a-la-population-reconnait-couillard.php
3 Forum des idées pour le Québec. Un système d’éducation pour le 21esiècle. 25, 26 et 27 septembre 2015.