Gabriel Danis, Conseiller CSQ à l'enseignement supérieur

Compressions en enseignement supérieur : l'indiférence du ministre de l'éducation

8 octobre 2015

Carol LaVack, présidente FPPC-CSQ, Mario Beauchemin, 3e vice-président CSQ, Pierre Girouard, président de la FEC-CSQ et Anne Dionne, présidente FPSES-CSQ

Carol LaVack, présidente FPPC-CSQ, Mario Beauchemin, 3e vice-président CSQ, Pierre Girouard, président de la FEC-CSQ et Anne Dionne, présidente FPSES-CSQ

Dès la rentrée, la CSQ et ses fédérations de l'enseignement supérieur ont rencontré le nouveau ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science, François Blais. Leur objectif était double : connaître les intentions du ministre et lui exposer les conséquences des compressions dans les cégeps et universités du Québec.

Si le ministre de l'Éducation, ancien doyen de l'Université Laval, maîtrise mieux les dossiers de l'enseignement supérieur que son prédécesseur, Yves Bolduc, là s'arrêtent les différences. De fait, François Blais semble s'inscrire davantage en continuité plutôt qu'en rupture avec lui.

L'obsession de l'adéquation formation-emploi

L'adéquation formation-emploi frôle l'obsession pour le ministre Blais, tout comme pour l'ensemble du gouvernement Couillard. C'est donc sans étonnement que les représentants politiques de la CSQ, de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ), de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ) et de la Fédération du personnel de soutien de l'enseignement supérieur (FPSES-CSQ) ont appris que toute éventuelle marge de manœuvre financière en éducation sera canalisée vers le secteur de la formation professionnelle et technique. À ce chapitre, le ministre entretient aussi une autre idée fixe, soit le modèle dual de formation.

Toutefois, malgré quelques projets pilotes, le modèle dual est, pour l'instant, davantage un mot à la mode qu'un projet cohérent et bien préparé. Quel sera le rôle du personnel professionnel et de soutien dans l'arrimage entre les entreprises et les collèges ? Est-ce que les enseignantes et enseignants donneront des cours en entreprise la moitié du temps de formation ? Autant de questions sans réponses.

Le ministre reconnaît d'emblée que son projet n'est pas encore bien défini. Il promet la création d'une table de travail, où les syndicats seraient présents, pour explorer le modèle dual et son application au collégial. Mario Beauchemin (CSQ), Pierre Girouard (FEC-CSQ), Carol LaVack (FPPC-CSQ) et Anne Dionne (FPSES-CSQ) en ont profité pour lui souligner qu'une des caractéristiques fondamentales du modèle allemand réside justement dans la concertation constante entre les entreprises, les syndicats et les établissements d'enseignement. Nul doute que le modèle dual risque d'occuper les fédérations et syndicats du collégial de la CSQ pour les mois à venir.

Le « modèle allemand » importé au Québec

Inspiré de l'expérience allemande, le modèle dual de formation prône une plus grande alternance entre l'enseignement en classe et les séjours ou stages en entreprise. Il s'accompagne aussi d'une forte concertation entre les syndicats, les entreprises et les établissements d'enseignement. En entrevue, François Blais s'est dit inspiré par ce modèle et veut faire en sorte qu'environ 50 % de la formation puisse se donner en entreprise.

Les suites du rapport Demers

Le ministre Blais semble sensible au sort des cégeps en région. Il souhaite améliorer la mobilité étudiante. Il est aussi à la recherche d'une formule qui incite davantage la collaboration entre les cégeps urbains et ceux des régions. Ceci dit, on ne sent pas une réelle volonté d'accélérer les choses et les travaux du comité Rouillé, chargé de mettre en place les recommandations du rapport Demers, qui semblent tourner au ralenti.

La CSQ, la FEC-CSQ, la FPPC-CSQ et la FPSES-CSQ ont fait part de leurs inquiétudes quant à l'avenir de la formation générale et à d'éventuels nouveaux diplômes et certifications au collégial. Le ministre s'est fait rassurant en disant qu'il n'avait aucune intention de modifier l'intégralité de la formation générale. Pour ce qui est des nouvelles sanctions ou certifications, il s'est contenté de dire que son ministère ne travaillait pas sur ces questions pour l'instant.

Les services aux étudiants affectés : Ah oui, vraiment ?

La CSQ et ses fédérations de l'enseignement supérieur ont conclu cette rencontre en exposant au ministre les nombreux impacts des compressions au sein des milieux, particulièrement chez le personnel professionnel et de soutien. Leur message était clair : il n'y a plus de place à couper et les services aux étudiantes et étudiants sont déjà fortement diminués. Une situation qui est d'autant plus inquiétante que plusieurs directions de cégeps ont annoncé d'autres compressions à venir.

Visiblement, le ministre était agacé et ne semblait pas comprendre l'impact des compressions au sein des cégeps. Pour lui, ces coupes se résument au licenciement de quelques employées et employés à statut précaire et à la diminution d'heures de travail pour d'autres. Manifestement, le mépris de ce gouvernement envers le milieu de l'éducation semble être sans borne.