Centrale des syndicats du Québec (CSQ) - Nouvelle

Mythe n° 6

En matière de décrochage scolaire, le genre expliquerait tout

16 mars 2012

Les tenants du discours alarmiste mettent beaucoup l'accent sur la variable « genre » lorsqu'il s'agit de parler de décrochage scolaire. Cette forte insistance sur les différences entre les garçons et les filles finit par occulter d'autres facteurs fort importants pour comprendre le décrochage scolaire et agir efficacement pour contrer ce problème. Par exemple, on peut observer que l'écart dans le décrochage scolaire entre les garçons (25,4 %) et les filles (17,4 %) pour 2008-2009 est de 8,4 points de pourcentage. Cet écart est beaucoup plus faible que celui qu'on observe entre les garçons de milieux défavorisés (35,9 %) et les garçons de milieux favorisés (15,6 %) qui est de 20,3 points de pourcentage (voir tableau 3).

Le même phénomène s'observe pour les filles. En milieux défavorisés, les filles décrochent à la hauteur de 26,1 % et de 8,7 % en milieux favorisés, pour un écart de 17,4 points de pourcentage. Cet écart est aussi beaucoup plus important que celui qu'on observe entre les garçons et les filles (voir tableau 4). Il est intéressant de remarquer également que les garçons provenant d'un milieu favorisé (15,6 %) décrochent moins que les filles issues d'un milieu défavorisé (26,1 %). En somme, la variable « origine sociale » (milieu favorisé/milieu défavorisé) a plus d'influence sur le décrochage scolaire que la variable « genre » (garçons/filles).

Comment expliquer cela ? Comme l'indique la recherche11, l'adhésion aux stéréotypes sexuels (exemple pour les garçons : « La lecture, c'est pour les filles ! ») crée une distance à l'école. Les garçons, plus que les filles, provenant de milieux défavorisés, adhèrent en plus grand nombre à ces stéréotypes que les élèves (filles ou garçons) provenant de milieux favorisés. C'est pourquoi il importe d'intervenir plus intensément dans les écoles de milieux défavorisés.

L'origine sociale, plus que le genre, permet de mieux comprendre le décrochage scolaire. Toutefois, il importe de travailler à la fois sur la pauvreté et les stéréotypes pour assurer au plus grand nombre de jeunes (garçons et filles) une meilleure réussite scolaire.

Tableau 3 et tableau 4


11 BOUCHARD, Pierrette et Jean-Claude ST-AMANT (1996). Garçons et filles : stéréotypes et réussite scolaire, Montréal, Éditions du Remue-ménage. BOUCHARD, Pierrette, Jean-Claude ST-AMANT, Jacques TONDREAU et Natasha BOUCHARD (1997). De l’amour de l’école. Point de vue de jeunes de 15 ans, Montréal, Éditions du Remue-ménage. Voir également CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION (1999). Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles, Québec.