Le long périple de Danielle

7 mai 2012

Sa collègue Danielle Nault enseigne l'anglais à l'éducation des adultes à l'école du Christ-Roi. Elle célèbre cette année ses vingt ans dans l'enseignement. Bon nombre de ses élèves ont connu des échecs et s'offrent une seconde chance. Certains reviennent aux études avec l'idée de fournir l'effort minimum pour obtenir leur DES. En région, l'enseignement de l'anglais n'est pas évident, car les gens en voient moins la nécessité dans un environnement francophone. Les intéresser à la matière représente donc un défi particulier. « Au secteur des adultes, il y a beaucoup de gens qui ont des problèmes personnels et familiaux, et des troubles d'apprentissage. Bon nombre d'entre eux ont de la difficulté à s'insérer dans un encadrement ; il faut savoir entrer en contact avec eux et les amener à assumer leurs responsabilités », affirme-t-elle.

Des problèmes personnels, Danielle en a aussi vécu plus d'un ; c'est pourquoi le parcours de ses étudiants ne la désarme pas. « En face de moi, j'ai beaucoup de miroirs qui me renvoient l'image de mon propre cheminement. Moi aussi, j'ai décroché de l'école. À cette époque, je n'avais qu'un mot à la bouche, liberté. Je n'avais qu'une idée en tête, faire la fête. J'ai connu divers petits boulots, je suis partie dans l'Ouest canadien. Plus tard, je me suis engagée dans les forces armées où j'ai travaillé comme océanographe. Mon travail consistait alors à reconnaître les types de navires et de sous-marins en analysant les bruits qu'ils émettaient sur les sonars. » Toutes ces expériences de vie lui ont beaucoup appris, notamment l'anglais, qui lui permet aujourd'hui de gagner sa vie.

Après son séjour dans l'armée, Danielle revient dans sa région faire un DES et une attestation d'études collégiales (AEC) en bureautique. Elle réalise alors qu'elle aime ça, étudier. « Il manquait de profs d'anglais dans la région et une de mes enseignantes m'a convaincue d'offrir mes services puisque j'étais bilingue. Après, j'ai poursuivi mes études tout en travaillant pour obtenir ma qualification. Le jour où j'ai décidé de me prendre en mains, j'ai atteint mes objectifs, mais cela ne s'est pas fait sans efforts.

On ne peut forcer une personne à apprendre

Son expérience de décrocheuse lui est-elle utile dans son enseignement ? « Je crois avoir une aptitude à déceler les attitudes fermées chez mes élèves. Je leur dis souvent : "Votre responsabilité, ce n'est pas seulement d'être présents au cours ; votre responsabilité c'est de vous engager dans votre projet éducatif" », insiste-t-elle. Elle admet ne pas toujours réussir à convaincre ses élèves, mais elle utilise divers moyens, notamment des outils technologiques, pour piquer leur curiosité et soulever leur intérêt.

Après le décrochage, tout n'est pas foutu.

Quand on lui demande si elle a un conseil à donner aux parents qui s'inquiètent de voir leurs enfants décrocher, elle répond : « On ne peut forcer une personne à apprendre, pas plus qu'on ne peut la forcer à aimer. Je me dis souvent que la vie nous amène là où on est utile et heureux. Pour certaines personnes, c'est plus difficile de trouver le chemin de la réussite. Il faut les accompagner dans cette quête de sens, cette démarche intérieure et très personnelle qui mène sur une seule et même route, celle de l'engagement. »

Louise se définit comme une personne rebelle, et Danielle comme une femme éprise de liberté. Dans leur discours, deux mots reviennent comme un leitmotiv : responsabilité et engagement. À travers leur parcours improbable, qui les a menées du décrochage à l'enseignement à la suite de nombreux détours, se profile une note d'espoir pour bien des parents inquiets de la trajectoire empruntée par leurs enfants. Après le décrochage, tout n'est pas perdu. L'école de la vie peut mener à tout, même à l'enseignement...