Fiche 8

Vieillissement : choc démographique ou discours démagogique ?

6 juin 2012

Entre le discours et la réalité – Comprendre les perspectives démographiques

En 2003, la publication des perspectives démographiques par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) avait donné lieu à de hauts cris évoquant le « choc démographique » auquel serait confronté le Québec dans les années à venir. On ne cessait de parler de l’importante pression qu’aurait le vieillissement de la population sur les finances publiques par l’accroissement des coûts du système de santé. De plus, on brandissait le « spectre » des pénuries de la main-d’oeuvre, pénuries qui remettaient en cause la croissance économique québécoise.

En fait, l’ISQ présentait ainsi ses données :

Si la tendance démographique des dernières années se poursuit, la population du Québec peut encore compter sur quelques années de gain. De 7,5 millions de personnes en 2003, elle pourrait croître jusqu’à 8,1 millions en 2031, avant de basculer dans un déclin d’abord lent, puis de plus en plus marqué.

En 2011, le bilan démographique publié par l’ISQ indiquait qu’au 1er janvier 2011, la population du Québec était estimée à 7 940 200 personnes. Selon ce bilan, la population du Québec devait franchir le cap des 8 millions avant la fin de l’année 2011.

Que retenir de ces données ?

L’ISQ présente ses perspectives démographiques selon trois scénarios possibles : un scénario de référence qui regroupe les hypothèses les plus plausibles, un scénario optimiste et un scénario pessimiste. Les discours alarmistes s’appuient sur les scénarios les plus pessimistes et, pire, ils tendent à faire croire que ce qu’on prévoit est déjà réalité !

Également, il est important de se rappeler que des perspectives démographiques sont des scénarios et, conséquemment, ne sont pas la réalité. Qui plus est, force est d’admettre que même le scénario de référence établi par l’ISQ a été sous-estimé en 2003 et en 2006.

Fiche 8 Vieillissement : choc démographique ou discours démagogique ?Des recherches menées à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et à l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ), sans parler d’un nombre de chercheurs universitaires, ont démontré que les changements démographiques annoncés sont loin d’être catastrophiques.

Le gouvernement préfère-t-il les mesures de détention aux mesures de rétention ?

Si le gouvernement était effectivement préoccupé par la problématique et les effets du vieillissement de la main-d’oeuvre, ne prendrait-il pas les mesures appropriées pour favoriser le maintien volontaire en emploi ? En 2009, l’âge médian de la retraite au Québec se situait à 59,9 ans. Dans le budget 2012 du gouvernement du Québec, le ministre Bachand annonçait des mesures incitatives en faveur du maintien en emploi pour les personnes de 65 ans et plus. Il sera plus de cinq ans trop tard !

Quant au maintien en emploi dans le secteur public, le rapport de la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et les travailleurs expérimentés, faisant état du fait que les travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic prennent leur retraite presque deux ans plus tôt que les autres travailleurs, soulignait que l’État employeur, en matière d’organisation du travail, était loin de donner l’exemple. Pour la Commission, plusieurs facteurs ont contribué à la détérioration du climat de travail dans les services publics au cours des dernières années et, conséquemment, ont eu un effet négatif sur la rétention et le maintien en emploi des travailleuses et des travailleurs.

Ne sommes-nous pas en droit de nous attendre à ce que l’État, en tant que gouvernement et en tant qu’employeur, soit partie prenante de solutions qui créeront les conditions à un véritable maintien en emploi sans brandir les raisons économiques liées aux coûts des systèmes de pension comme la seule solution de rechange au problème du vieillissement de la main-d’oeuvre ?

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