Fiche 6

Manifestations actuelles du néolibéralisme

6 juin 2012

Bien que le néolibéralisme ne représente qu'une école de pensée en économie politique, son influence dépasse très largement le champ de la théorie. Des politiques économiques et des orientations sociales, aux effets bien réels, nous sont imposées au nom de cette vision du monde.

Étranglement des services publics

L’idéologie néolibérale a d’abord poussé certains gouvernements à viser une réduction de la taille et des interventions de l’État. Malgré de nombreuses entreprises de « réingénierie », des comités d’experts ou des commissions sur la déréglementation, rares sont les gouvernements qui ont réussi à déterminer le « gras substantiel » qu’il faudrait couper dans l’appareil public. Leurs tentatives de réduire l’attachement des populations aux services publics s’avèrent aussi des échecs.

Incapables de justifier politiquement les réductions de services, les gouvernements procèdent donc par la stratégie de la famine. Au Québec, après avoir atteint le déficit zéro à la suite de mesures draconiennes, le gouvernement a dilapidé les surplus en réduisant les impôts. Pour les entreprises, Québec a aboli sa taxe sur le capital qui rapportait deux milliards par année. Au fédéral, le taux d’impôt sur les profits des entreprises est passé de 29 % à 15 % entre 2000 et 2012. Les contribuables québécois ont, pour leur part, vu leur contribution au trésor public diminuer de plusieurs milliards de dollars par année. Depuis 1980, les contribuables les plus riches ont profité d’une réduction du taux d’imposition sur les revenus personnels dépassant les 200 000 $, soit une diminution de 66 % à 53 %.

Privatisation graduelle

La privatisation graduelle des services publics et des programmes de l’État représente une autre stratégie visant la réduction du rôle du gouvernement. On cède les activités « périphériques » à des sous-traitants privés (cafétéria, entretien ménager, comptabilité, gestion des ressources
humaines, chirurgies de routine, etc.). Aussi, on utilise les partenariats public privé pour la réalisation de grandes infrastructures. Cette privatisation rapporte rarement les économies souhaitées et affecte globalement la qualité des services.

La concurrence comme mot d’ordre

Aveuglés par une vision idyllique de la concurrence, les tenants du néolibéralisme voudraient favoriser cette dernière dans toutes les sphères de la société. Il faut ouvrir les frontières au commerce, laisser les investissements circuler librement, mettre les écoles et les hôpitaux en concurrence (d’où l’idée des palmarès) et briser les monopoles publics et syndicaux. Ils oublient que la concurrence peut inciter des producteurs à tourner les coins ronds en termes de qualité.

La compétitivité nationale comme mode d’intervention

Avec le néolibéralisme, on voit l’intervention économique des gouvernements passer de la stimulation de la consommation (prestations sociales généreuses, dépenses publiques et grands projets publics) vers un soutien à la compétitivité. Le succès de nos entreprises sur le marché mondial devient la clé de notre développement économique. Le gouvernement se met donc au service de l’industrie : déréglementation maximale afin de réduire les coûts, fourniture d’infrastructures et de programmes sur mesure et aide financière. Le gouvernement s’assure aussi d’utiliser tous les mécanismes à sa disposition afin de restreindre les hausses salariales. Il procède à la fois par la réduction des protections légales entourant le travail et la syndicalisation et par l’imposition d’une austérité salariale chez ses propres employés.

Responsabilité individuelle et tarification

L’individualisme propre au néolibéralisme entraîne la valorisation des politiques axées vers la « responsabilisation ». Par exemple, l’accès à l’aide sociale devient de plus en plus conditionnel à la participation à des parcours d’intégration basés à la fois sur des mécanismes d’aide et de punition. L’objectif est de forcer l’intégration à un emploi, même s’il est de mauvaise qualité. Pour responsabiliser les citoyens, on cherche de plus en plus à leur faire payer un droit d’accès aux services publics. La tarification s’impose alors (frais de scolarité, ticket modérateur, etc.).

Poursuivre la résistance

Voilà 30 ans que les néolibéraux veulent mettre de l’avant ces différentes politiques. Pourtant, force est de constater que la résistance sociale et le gros bon sens ont tout de même réussi à limiter les dégâts. Il nous faut par contre rester vigilants, puisqu’ils s’attaquent à notre capacité de résistance. Ils réduisent le financement public des groupes populaires, viennent limiter les capacités d’organisation du mouvement syndical et s’accaparent l’espace médiatique. Seules notre solidarité et notre capacité à défendre nos valeurs pourront bloquer leur victoire.

Stratégie de la famine :

  1. Réduire le financement de l’État afin de provoquer des déficits ;
  2. Utiliser la menace de déficit ou la dette pour justifier l’imposition de coupes dans les budgets des services publics ;
  3. Attendre que les compressions affectent la qualité des services ;
  4. Présenter la privatisation comme une solution aux problèmes des services publics.

 

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