Fiche 3

Les bienfaits des services publics (première partie)

6 juin 2012

Les impôts et les taxes n’ont pas bonne presse. Les médias présentent généralement les Québécoises et les Québécois comme des individus étouffés par les charges fiscales de toutes sortes. Rarement s’attarderont-ils à nous présenter ce que nous obtenons en échange de toutes ces sommes que nous mettons en commun. Généralement, quand ils le font, ce sera pour dénoncer la mauvaise gestion des deniers publics. Bien peu de mentions seront faites du rôle social des impôts et des taxes qui financent nos services publics et nos programmes sociaux. Pourtant, ceux-ci ont une utilité bien réelle et génèrent de nombreux bienfaits qu’il convient d’explorer et de mettre en lumière. La fiche actuelle et la suivante visent à présenter les plus importants de ces bienfaits.

Une récente étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine établit que chaque ménage québécois bénéficie en moyenne d’environ 37 000 $ en services publics. L’étude établit aussi que ces services profitent à peu près également à toutes les classes sociales, des familles démunies jusqu’aux plus nanties.

Accès élargi à plusieurs services fondamentaux

Le fait que certains services sont payés collectivement les rend accessibles à tous, notamment à la portion plus pauvre de la population. Sans financement public, la majorité des familles à revenu modeste serait dans l’impossibilité de se payer des services essentiels comme l’éducation et la santé. Ces derniers comptent parmi les services fondamentaux qui doivent être accessibles à tous, sans égard au revenu. Au Québec, plusieurs autres services sont également disponibles à peu de frais, comme les services de garde, les bibliothèques et d’autres services culturels. D’autres services sont moins visibles, comme les systèmes d’aqueduc ou les services d’inspection et de sécurité, mais contribuent aussi à notre qualité de vie.

La disponibilité et l’accessibilité à une série de services fondamentaux ont donc une influence marquée sur la qualité de vie des gens. Les services publics haussent le niveau général de bien-être de la population. De plus, dans bien des cas, les services fournis par l’État sont plus économiques et coûtent moins chers que s’ils étaient fournis par le secteur privé. Par exemple, il est reconnu, de façon notoire, que le système de soins de santé privé des États-Unis coûte beaucoup plus cher que tous les systèmes de santé publics des pays développés, sans compter qu’il laisse sans assurance une portion importante de sa population. Un autre exemple est le système d’assurance automobile public du Québec. Le Québec, l’une des seules provinces canadiennes à offrir un système d’assurance automobile public, est effectivement l’endroit au Canada où il en coûte le moins cher pour assurer son automobile. Ainsi, contrairement à une idée abondamment véhiculée, les services publics constituent une très bonne affaire.

Aux États-Unis, en 2010, 93 % de la hausse des revenus a été accaparée par le 1 % le plus riche de la population. Le reste de la population
américaine, les 99 %, s‘est contenté du 7 % subsistant…

Redistribution de la richesse et diminution des inégalités de revenus

L’économie capitaliste laissée à elle-même a la fâcheuse tendance à concentrer les revenus dans fort peu de mains. Dans ce contexte, la redistribution de la richesse devient une mission essentielle de l’État. Les impôts qui proviennent, dans une forte proportion, des familles plus aisées sont redistribués, en partie, sous forme de programmes sociaux et de transferts aux individus et aux familles moins fortunés. Cela répartit ainsi plus équitablement les revenus issus de notre économie. Les prestations de vieillesse, l’aide sociale, les diverses allocations de soutien aux familles sont des exemples de ce type de transferts. Les impôts et les taxes financent également le système d’éducation préscolaire, primaire, secondaire et supérieure. Ce financement public favorise l’accès à l’éducation pour tous, notamment, pour les enfants des familles moins nanties. Cet accès à l’éducation est l’une des clés essentielles permettant d’accéder à des niveaux de revenu plus intéressants et constitue donc un vecteur important de réduction de la pauvreté et des inégalités de revenu.

Aussi, la réduction des inégalités de revenu, si elle est souhaitable pour les plus démunis, comporte également des avantages pour l’ensemble de la société. Un ouvrage intitulé The Spirit Level (2009) de Richard Wilkinson et Kate Pickett montre qu’une répartition plus égalitaire des revenus est associée à de meilleures performances pour contrer divers problèmes sociaux tels que l’obésité, la mortalité infantile, la toxicomanie et la criminalité. Pour toutes ces variables et pour plusieurs autres, les sociétés plus égalitaires obtiennent de meilleurs résultats. Cette démonstration de
Wilkinson et Pickett semble expliquer pourquoi les pays scandinaves, qui sont les plus égalitaires de la planète, se retrouvent si souvent en tête des classements internationaux de toutes sortes.

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