Fiche 4

Les bienfaits des services publics (deuxième partie)

6 juin 2012

Les services publics génèrent d'importants bienfaits qui profitent à toute la société. Nous poursuivons ici leur présentation amorcée à la fiche 3.

Encadrement de l’activité économique

L’action de l’État et les services publics servent, entre autres, à encadrer l’activité économique. Ainsi, au cours du XXe siècle, tous les pays développés ont mis en place une série de lois et de règles visant à civiliser le capitalisme. À titre d’exemple, les États ont instauré des règles touchant la protection des travailleuses et des travailleurs, la protection de l’environnement, la protection des consommateurs, la salubrité des aliments et la sécurité des bâtiments. Cependant, nous savons tous que l’existence de ces règles est insuffisante en soi pour assurer leur respect. En effet, il faut des gens qui veillent spécifiquement à l’observance de ces règles en procédant à des contrôles et à des inspections. De nombreux pays en développement bénéficient de réglementations environnementales ou du travail, mais, faute de services crédibles d’inspection et de surveillance, leur application est déficiente, voire inexistante. Une application stricte des lois et règlements permet donc à l’activité économique d’être menée de façon plus civilisée en assurant une meilleure protection aux citoyennes et aux citoyens ainsi qu’aux écosystèmes.

Un État offrant un filet de protection sociale étendu (assurance emploi, prestations d’aide sociale et autres transferts aux familles) assure également un rôle de stabilisateur macroéconomique. Lors de récessions, ces transferts directs aux ménages augmentent automatiquement. Les prestations sociales constituent donc un mécanisme compensatoire qui atténue la sévérité des chocs et permet de soutenir l’économie. Par exemple, lors de la crise financière et économique de 2008, l’économie
de la Russie, où le filet de protection sociale est bien mince, est passée d’une croissance de 9 % en 2008 à un recul de 11 % en 2010. À l’opposé, un pays comme le Canada, qui offre un filet beaucoup plus solide, a vu sa croissance passer de 2,5 % à un recul de 3,5 % durant la même période. Ce qu’il faut retenir de ces chiffres, c’est que la population canadienne a, grâce à ses programmes sociaux, subi moins durement les effets de la dernière récession que la population russe.

Meilleure égalité des chances et mobilité sociale

Fiche 4, les bienfaits des services publicsOn ne naît pas tous égaux. Des enfants naissent au sein de familles aisées alors que d’autres voient le jour dans des familles plus modestes, voire démunies. Tous ces enfants n’auront pas les mêmes opportunités de s’épanouir pleinement. Pourtant, d’un point de vue moral, nous croyons que tous les êtres humains sans exception devraient avoir la chance de se développer et de mener une vie satisfaisante.

De multiples façons, les services publics tendent à favoriser cette égalité des chances :

  • Les services à la petite enfance permettent une meilleure stimulation et une meilleure socialisation des enfants issus de milieux difficiles ;
  • L’éducation publique favorise l’acquisition de connaissances et d’habiletés facilitant l’accès à l’emploi ;
  • Les diverses prestations de soutien du revenu des familles diminuent les taux de pauvreté des enfants.

Tous ces services ne sont que quelques exemples d’éléments favorisant l’égalité des chances, mais il y en a bien d’autres.

En lien étroit avec cette égalité des chances, une plus grande mobilité sociale constitue un autre bienfait des services publics et de l’action de l’État. La mobilité sociale, c’est la possibilité de se déplacer dans l’échelle sociale au cours de sa vie ou d’une génération à l’autre. Une meilleure mobilité sociale permet par exemple à des enfants issus d’une famille pauvre d’accéder plus facilement à un niveau de vie plus élevé.

Si les Américains veulent vraiment vivre le rêve américain, ils devraient déménager au Danemark1.

Il appert que dans les sociétés offrant un large éventail de services publics, la mobilité sociale est plus grande. Par exemple, en comparaison avec la Grande-Bretagne ou les États-Unis, qui ne sont pas des modèles de mobilité sociale, la Finlande et la Norvège ont une mobilité sociale 2,5 fois plus élevée et le Danemark trois fois plus importante. Ainsi, les chances qu’un enfant pauvre puisse s’épanouir sont beaucoup plus grandes au Danemark qu’aux États-Unis.

En résumé

Un document du service de la recherche du Syndicat de la fonction publique du Québec résume très bien les bienfaits de l’action de l’État, des services publics et des programmes sociaux : « … [ils] permettent une meilleure qualité de vie pour un plus grand nombre de citoyennes et de citoyens. C’est pour cette raison que les membres de plusieurs sociétés consentent à mettre en commun une partie relativement importante de leurs revenus, sous forme d’impôts et de taxes, afin de financer tous les services publics qui permettent de générer ces bienfaits et cette qualité de vie. »

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  1. Extrait d’une conférence « How Economic Inequality Harms Societies » de Richard Wilkinson en juillet 2011.

POUR EN SAVOIR PLUS

  • PARIENTY, Arnaud (2007), « L’ascenseur social est-il en panne ? », Alternatives économiques, no 255 (février)
  • SYNDICAT DE LA FONCTION PUBLIQUE DU QUÉBEC (2009). Les services publics : mais pourquoi donc ?, Service de la recherche, 41 p.
  •  Le site internet du Equality Trust, dont une partie est traduite en français, fournit une intéressante synthèse du livre The Spirit Level de Richard Wilkinson et Kate Pickett publié en en 2009.