Fiche 5

Le néolibéralisme : qu'est-ce que c'est ?

6 juin 2012

Néolibéralisme n'est pas un mot que l'on utilise fréquemment dans nos conversations avec une belle-soeur lors d'un BBQ au chalet ou avec un cousin dans la remontée mécanique de notre centre de ski favori. Pourtant, comprendre ce qu'est le néolibéralisme est l'une des clés fondamentales pour quiconque désire saisir la société dans laquelle nous vivons et les choix politiques qui nous sont proposés. Sa compréhension favorise également une participation active aux débats entourant les services publics, les impôts et le rôle de l'État.

Le néolibéralisme se définit simplement : il s'agit d'une philosophie politique qui considère comme indésirable l'intervention de l'État dans l'économie et la société. Cette philosophie s'appuie sur une théorie économique selon laquelle les mécanismes du marché1, laissés entièrement libres, mènent au plus haut niveau d'efficacité et de richesse. En conséquence, l'intervention de l'État doit être minimale afin de ne pas fausser ou diminuer la prétendue « efficacité » intrinsèque du marché. Le gouvernement doit donc privatiser les entreprises de propriété publique (comme l'ont été un grand nombre de compagnies aériennes, de chemins de fer ou d'énergie), permettre la concurrence dans les services à la population et diminuer les impôts et les taxes.

Aussi, selon les tenants du néolibéralisme, la plupart des règlementations et des lois sont considérées comme des contraintes qui viennent handicaper l'initiative et les choix de divers acteurs économiques. Ces défenseurs favorisent donc l'élimination de ces réglementations qui avaient pourtant permis de civiliser l'activité économique, notamment en protégeant mieux les travailleuses, les travailleurs et l'environnement. Finalement, les obstacles au commerce international et aux mouvements de capitaux doivent également être éliminés.

Un autre aspect fondamental de l'idéologie néolibérale est sa valorisation de l'individualisme et de la responsabilité individuelle. Les tenants du néolibéralisme diront que si des gens ne sont pas en mesure de se payer certains services fondamentaux parce qu'ils sont trop pauvres ou n’arrivent pas à trouver un travail décent, ils doivent en porter la responsabilité. À eux de se débrouiller ! Il ne faudrait surtout pas être solidaire et les soutenir puisque cela correspondrait à encourager la dépendance et pénaliserait le succès. Cette vision étroite écarte le fait que le système économique actuel laissé à lui-même n’offre pas une réelle égalité des chances. L’État doit donc veiller à corriger cette situation.

L’influence marquante des théories économiques sur les sociétés

Le rôle joué par les États au sein des sociétés a historiquement été fortement influencé par les théories économiques dominantes. Avant la Grande Dépression des années 1930, la théorie économique dominante favorisait le laissez-faire. Ce « libéralisme » économique soutenait que le système d’économie de marché et le capitalisme s’autorégulaient, qu’ils étaient intrinsèquement efficaces et que l’État ne devait donc pas intervenir dans l’économie. En particulier, l’État ne devait pas se préoccuper de la répartition de la richesse malgré les inégalités très fortes qui existaient à l’époque.

Lors de la Grande Dépression, le capitalisme s’enlisa pendant de longues années. Cela discrédita complètement le libéralisme, et une nouvelle théorie économique, le keynésianisme2, émergea. Cette nouvelle théorie, qui a pris rapidement le devant de la scène, soutenait que l’État devait jouer un rôle central dans l’économie et au sein des sociétés. Il devait notamment assurer une répartition plus équitable de la richesse, ce qui favoriserait la relance économique en stimulant la consommation et l’investissement.

Cautionnés par la théorie keynésienne et favorisés par les luttes sociales intenses de l’époque, l’État social, les programmes sociaux et les services publics ont alors été mis en place à des degrés divers dans les pays développés jusqu’aux années 1970. Au cours de cette décennie, les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont entraîné d’importants problèmes économiques (des taux de chômage et d’inflation simultanément élevés), ce qui a mis à mal la théorie keynésienne. On a assisté alors à un retour en force du libéralisme économique, cette idéologie du laissez-faire et du libre marché. L’ère du néolibéralisme s’amorçait. D’ailleurs, au sens étymologique, le mot néolibéralisme signifie simplement « nouveau libéralisme ».

À partir de la fin des années 1970, le néolibéralisme apparaît donc comme la nouvelle idéologie dominante et elle sera mise en application d’abord en Grande-Bretagne avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, puis aux États-Unis avec le président Ronald Reagan, avant de se propager au reste du monde, au Canada et au Québec.

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  1. Notamment l'offre et la demande, les choix individuels et la concurrence.
  2. Du nom de l’économiste britannique John Meynard Keynes.

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