Dossier exclusif sur la violence à l'école

Quand vos élèves projettent votre mort sur Facebook

9 février 2012

Cet automne, un élève de l’école secondaire des Hauts-Sommets de Saint-Jérôme a eu la malencontreuse idée de publier une page Facebook sur laquelle il invitait d’autres élèves à inscrire le nom des enseignantes et des enseignants qui méritaient de mourir. Sur cette page, qui comptait des centaines d’abonnés, les jeunes brossaient des scénarios précis, notant l’endroit et le moment prévus pour mettre fin aux jours de certains de leurs profs. Cette « plaisanterie », selon le terme utilisé par l’un des élèves incriminés, a fait grand bruit dans les médias. Quatre mois après l’événement, quel bilan peut-on faire de cette intrusion des médias sociaux dans le travail du personnel enseignant ? CSQ-Web vous propose une rencontre avec Jean Dumais, président du Syndicat de l’enseignement de la Rivière-du-Nord, qui s’est retrouvé au cœur des événements.

« L’affaire a vraiment débuté par un coup de téléphone du Service des ressources humaines de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord visant à informer le syndicat de la situation. Dans ce dossier spécifique, il faut reconnaître que la Commission scolaire a agi promptement par suite d’un appel des policiers », raconte le président du syndicat, Jean Dumais.

Des élèves qui imaginaient la mort de leurs enseignants sur une page Facebook, il y avait de quoi créer un véritable choc tant à l’école que sur la place publique, comme le raconte le leader syndical.

« Il est évident que cet événement, pour le moins exceptionnel, a contribué à créer une certaine insécurité chez les profs qui constataient que des élèves de leur classe avaient été suspendus alors qu’ils ignoraient pourquoi. En fait, la situation n’était pas très claire puisque le degré de gravité des actes commis, parmi les élèves suspendus, n’était pas le même pour tout le monde », relate Jean Dumais.

Une situation complexe

Le président du syndicat précise en effet que certains avaient rédigé des menaces, d’autres des commentaires insolents alors que quelques autres s’étaient contentés d’exprimer leur approbation en cliquant sur le bouton J’aime. Et puisque les pages Facebook en question avaient été rapidement supprimées, comme il se doit, le personnel enseignant était dans l’impossibilité d’identifier quels élèves avaient commis tel geste, ces doutes alourdissant d’autant le climat en classe.

Un tourbillon médiatique bénéfique

Jean Dumais, président du Syndicat de Rivière-du-NordEt tout cela se déroulait dans un contexte de tourbillon médiatique déclenché dès le lendemain des événements.

« Les appels de médias voulant des entrevues se succédaient. Initialement, cette couverture de presse a certes contribué à susciter des inquiétudes chez certains des membres de notre syndicat, mais elle a aussi permis de sensibiliser l’ensemble de la société sur le phénomène de la cyberintimidation dont sont trop souvent victimes les enseignants. Les parents, notamment, ont été nombreux à témoigner qu’ils se sentaient concernés par le phénomène et qu’ils allaient agir positivement pour contribuer à tenter d’enrayer le phénomène », observe Jean Dumais.



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Un phénomène sans frontièresÉtat du Nevada

Il n’y pas que les enseignants québécois qui soient victimes de menaces sur Internet. En effet, dans l’État du Nevada, aux États-Unis, six étudiantes d’une école secondaire ont été arrêtées pour avoir invité des centaines d’amis à joindre un groupe Facebook intitulé « Attack a teacher ». Comme quoi le phénomène de l’intimidation ne connaît malheureusement pas de frontières.