Répercussions économiques d’une hausse du salaire minimum… des mythes à déboulonner

18 mai 2016

L'argument le plus souvent avancé par les opposants à une hausse du salaire minimum (Conseil du patronat et autres), c'est qu'elle provoquerait des pertes d'emplois chez les jeunes et les travailleuses et travailleurs non qualifiés. Pourtant, la littérature scientifique et les faits sont loin de leur donner raison.

Le salaire minimum va tuer les emplois

L'argument le plus souvent avancé par les opposants à une hausse du salaire minimum (Conseil du patronat et autres), c'est qu'elle provoquerait des pertes d'emplois chez les jeunes et les travailleuses et travailleurs non qualifiés. Pourtant, la littérature scientifique et les faits sont loin de leur donner raison. En 2011, l'ISQ a analysé l'effet des hausses marquées du salaire minimum entre 2005 et 2010 (+24 %) sur l'emploi des bas salariées et salariés et l'a comparé avec celui de la période précédente (2000-2005) où le salaire minimum a crû beaucoup moins (+9 %). L'ISQ a constaté que l'emploi au salaire minimum s'est beaucoup mieux porté dans la seconde période (+57 %) que dans la première (-6 %). Autre fait intéressant constaté par l'ISQ, c'est que la croissance significative du salaire minimum entre 2005 et 2010 « n'a pas eu pour conséquence une baisse du nombre d'emplois rémunérés au-delà de ce taux1 ».

Un autre cas éclairant nous provient de la Colombie-Britannique. En 2011, cette province canadienne a haussé son salaire minimum de 28 % sur une période d'un an (de 8 $ à 10,25 $). L'Institut Fraser, un institut de recherche associé au lobby patronal, avait prédit une catastrophe sur le plan de l'emploi des 15-24 ans, soit la perte de 26 000 à 52 000 emplois dans ce groupe d'âge. Or, entre 2010 et 2013, le nombre d'emplois de ce groupe n'a en fait diminué que de 3 800, bien loin de la prévision de l'Institut, et s'est rétabli en 2014, si bien que le taux d'emploi des 15‑24 ans était le même en 2015 qu'en 20102. Ces exemples montrent bien que le discours des représentantes et représentants des entreprises à propos de l'effet des hausses du salaire minimum sur l'emploi s'explique plus par les intérêts qu'ils défendent que par les faits.

L'augmentation sera annulée par une hausse des prix

Pour la consommatrice ou le consommateur, il est normal de craindre qu'une augmentation importante du salaire minimum se répercute directement sur les prix. Si un effet est prévisible, sa hauteur dépend de plusieurs facteurs, notamment :

  • la part des coûts de main-d'oeuvre dans le prix ;
  • la part des employées et employés qui sont à bas salaires ;
  • la réduction des coûts d'embauche et de formation ;
  • l'augmentation ou la diminution des ventes.

Ainsi, les propriétaires de commerce de détail dont un peu plus de la moitié de leur personnel est à bas salaires et dont les coûts de la main-d'oeuvre avoisinent 15 % souhaiteront augmenter leurs prix autour de 3 %. Du côté de la restauration, l'estimation se situe autour de 5 % (61 % de bas salariées et salariés et 21 % de coûts de main-d'oeuvre). Ainsi, pour assurer une augmentation de salaire de près de 40 % à bon nombre de travailleuses et travailleurs de restaurant, la clientèle devra peut-être ajouter 50 cents de plus pour un repas qui coûte actuellement 10 $.

Pour préserver la compétitivité de nos entreprises, mieux vaudrait réduire les impôts et augmenter les transferts

Conscientes de l'insuffisance du salaire minimum pour vivre décemment, les associations patronales préfèreraient que les aides gouvernementales aux bas salariées et salariés soient augmentées (exemption d'impôt, prime au travail ou crédit de solidarité). Bien que ces mesures versées directement aux employées et employés aient un effet concret sur la réduction de leur pauvreté, elles représentent des subventions indirectes pour les entreprises à bas salaires. Pour une personne travaillant à temps plein au salaire minimum, le passage de 10,75 $ à 15 $ l'heure vient réduire son besoin de soutien de l'État de près de 1000 $ par année. Sans compter qu'elle commencera à verser des impôts. C'est donc plusieurs centaines de millions de dollars d'économie que les gouvernements pourraient investir dans des programmes de reclassement et de formation de la main-d'oeuvre. Il faudra par contre réviser la fiscalité afin que la réduction des crédits et l'entrée dans la table d'imposition ne viennent pas réduire de manière trop importante les gains supplémentaires liés à l'augmentation du salaire.


1 INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC (2011). Hausse du salaire minimum au Québec et évolution de l'emploi : que disent les données statistiques ? (avril), p. 3.
2 HURTEAU, Philippe, et Minh NGUYEN (2016). Les conditions d'un salaire viable au Québec en 2016 ?, Institut de recherche et d'informations socio-économiques, p. 7 et GREEN, David (2015). The Case for Increasing the Minimum Wage, Centre canadien de politiques
alternatives (avril), p. 4.