Un syndicalisme précurseur

30 mai 2014

Dès 1971, on se retrousse les manches... Notre organisation doit transférer ses actifs et tout le personnel, s'incorporer en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels et, enfin, demander aux membres de révoquer leur adhésion à la Corporation pour devenir membres de leurs syndicats respectifs. Pour boucler la boucle, il est impératif que la CEQ demande à tous ses syndicats de signer une déclaration d'intention pour s'affilier à la nouvelle centrale en devenir...

Il fallait avoir de l'audace pour demander aux membres d'abroger leur adhésion à la CEQ (Corporation des enseignants du Québec) et les inviter à signer la carte de membre de leurs syndicats respectifs pour finalement demander à ces derniers de s'affilier à la CEQ (Centrale de l'enseignement du Québec) ! Ces étapes comportaient un risque de perdre des membres lors du processus, risque qui a été pleinement assumé par les déléguées et délégués de l'époque.

Une fois ces étapes franchies, les structures sont ensuite passées à la moulinette. Le Congrès – comme on le connaît aujourd'hui – est mis sur pied, de même que le Conseil général (inexistant). Quant au Conseil d'administration, il devient le Bureau national (l'ancêtre de l'actuel Conseil exécutif).

On ne s'excuse pas d'être syndicaliste !

La mutation la plus profonde se situe au chapitre de l'idéologie. Un extrait du rapport de la Commission d'étude sur les structures et la gestion, chargée de se pencher sur la possibilité de se transformer en centrale syndicale, ne laisse planer aucun doute :

Il n'y a pas lieu de s'excuser de faire du syndicalisme, d'entourer notre syndicalisme d'une certaine fausse pudeur professionnaliste. Quand on y regarde de près, le syndicalisme que nous prônons intègre les différentes valeurs, dimensions et relations composant la situation de l'enseignant et il ne semble pas y avoir de raisons automatiques pour qu'un tel syndicalisme conduise au repliement des enseignants sur eux-mêmes, au narcissisme et au recul de la profession. Ce syndicalisme aura la largeur de vue de ceux qui le pratiqueront[1].

Avec une telle orientation, le Congrès allait pencher vers un syndicalisme axé sur la dimension sociopolitique :

Le Congrès reconnaît que la CEQ a le devoir d'élaborer démocratiquement, avec la participation active de tous les groupes qui composent la Centrale, une idéologie sociopolitique tenant compte des besoins, des intérêts et des aspirations du peuple québécois ainsi que des solidarités naturelles qui nous situent au cœur du mouvement ouvrier québécois3.

Le Congrès affirme l'intention de cette centrale : De considérer la préoccupation sociopolitique comme une composante de son orientation fondamentale, tant pour la poursuite de ses objectifs propres, qu'à titre de contribution de ses membres, comme groupe, à la promotion de la classe des travailleurs3.

Ainsi, la Centrale se définit désormais comme un agent de changement social en plaçant les enjeux sociopolitiques au cœur de sa mission. On ne peut que constater une volonté de rompre définitivement avec le corporatisme.

3 COMMISSION D'ÉTUDE SUR LES STRUCTURES ET LA GESTION DE LA CEQ (1970). Rapport de la Commission d'étude sur les structures et la gestion, Cahier 1 – La situation, les objectifs et orientations, les grands mandats, Congrès spécial de la Corporation des enseignants du Québec tenu les 25 et 26 juin 1970, D-1821a.