L’esprit de notre centrale prend forme

30 mai 2014

Quel type de syndicalisme allions-nous mettre de l'avant ? En 1970, la Commission d'étude sur les structures et la gestion avait déjà son idée sur la direction à prendre. En voici un extrait :

Créer une association [...] syndicale revendicative visant exclusivement à améliorer les conditions de travail [...], c'est certainement se mettre en position d'exercer une action syndicale très forte. Il reste à se demander si cette formule de syndicalisme est compatible avec un sens évolué du bien commun général. Nous ne le croyons pas. La formule syndicale revendicative nous apparaît aujourd'hui pour nous, trop fermée.

Par ailleurs, l'autre formule exclusive, celle qui ferait de la CEQ un organisme professionnel se consacrant à protéger un statut et à veiller à la qualité de l'acte professionnel, cette formule nous paraît elle aussi trop étroite.

Nous croyons donc qu'il faut que les deux orientations spécifiques de la CEQ et l'orientation sociopolitique que nous avons aussi retenue se rencontrent, se complètent et s'unifient5.

Ainsi, revendication, action professionnelle et orientation sociopolitique doivent aller de pair. Voilà donc réunis les trois axes qui gouvernent, encore aujourd'hui, nos actions.

Enfin, la Commission croit bon de donner un sens profond à ces trois axes d'action : « Le social, le politique constituent le contexte, le cadre, le conditionnement de la vie de l'enseignant dans ses diverses dimensions, comme salarié, comme agent d'un service public, comme homme de profession et comme citoyen6 ».

On le voit, ces changements sont profonds. Et ils allaient guider les pas de celles et ceux qui ont décidé de s'affilier à cette nouvelle organisation.

Le grand jour

Lors du Congrès de fondation, en 1974, il ne fait plus aucun doute : le corporatisme est désormais chose du passé, la CEQ devient une véritable centrale syndicale, et sa nouvelle mission est sans équivoque : « La Centrale de l'enseignement du Québec a pour but de promouvoir les intérêts professionnels, économiques et sociaux des salariés québécois qui œuvrent dans le secteur de l'éducation7. »

C'est d'ailleurs au cours de cet événement que les personnes déléguées statuent sur l'organisation des services de la Centrale et les responsabilités de chaque palier. Ces caractéristiques sont d'ailleurs toujours présentes aujourd'hui.

En s'adressant aux déléguées et délégués, Yvon Charbonneau concluait ce grand virage sur ces mots :

Ce Congrès a certainement esquissé un réajustement de perspective tout en conjuguant avec réalisme et stratégie, l'approfondissement de nos options et notre détermination à la transformation de notre milieu par l'action concrète. [...] Ce Congrès nous a permis de dépasser certains débats sur l'à-propos d'investir ou non dans nos structures syndicales, sur l'à-propos de notre engagement sociopolitique, sur notre stratégie. [...] Nous avons pu constater jusqu'à quel point il nous tenait à cœur de resserrer les rangs et de confirmer notre option syndicale à l'occasion du passage en centrale. [...] Ce Congrès nous retrouve plus forts entre nous, plus solidaires, et aura accentué notre volonté de lutte.

5 COMMISSION D'ÉTUDE SUR LES STRUCTURES ET LA GESTION DE LA CEQ (1970). Rapport de la Commission d'étude sur les structures et la gestion, Cahier 2 – Les structures politiques et administratives, Congrès spécial de la Corporation des enseignants du Québec tenu les 25 et 26 juin 1970, D‑1821b.
6
Il peut paraître étrange de voir le mot « enseignant » dans les textes de réflexion de la Corporation alors qu'on mentionne une volonté d'ouverture de la CEQ à tous les salariés et salariées du secteur de l'enseignement. Cela s'explique par le fait que les citations mentionnées datent de 1970, année où il a été suggéré de s'élargir aux autres catégories d'emploi. Toutefois, le Congrès a entériné cette orientation seulement en 1972.
7
CEQ (1972, 1973 et 1974). Décisions du Congrès de fondation de la centrale, Annexe 1, Statuts provisoires de la Centrale de l'enseignement du Québec, D-5112.