Centrale des syndicats du Québec (CSQ) - Nouvelle

Les jeunes du Québec méritent une éducation à la sexualité positive, inclusive et anti-oppressive

18 septembre 2019

L’éducation à la sexualité est depuis longtemps l’un des maillons faibles de l’éducation des jeunes Québécois.es. Après la réforme Marois et le succès limité de l’approche de l’éducation à la sexualité par compétences, à la suite de plusieurs années de séances organisées ad hoc par certaines écoles, la rentrée scolaire 2018 a vu l’arrivée de nouveaux contenus obligatoires en éducation à la sexualité. Le gouvernement Legault propose ainsi d'accorder annuellement de 5 à 15 heures à ces apprentissages pour les élèves du primaire et du secondaire. Or, il n'offre pour autant pas les ressources conséquentes: on attribue moins de 5 dollars par élève par année à l'éducation à la sexualité. Les formations au personnel à qui incombent ces responsabilités sont limitées. La libération du personnel pour le temps d'appropriation de ces nouvelles connaissances, la planification et la coordination des activités sont insuffisantes.

L’éducation à la sexualité mérite pourtant qu’on y accorde beaucoup plus d’attention et de ressources. Éduquer « à la sexualité », c’est apprendre à nos jeunes qu’elles et ils sont les seul.es maitres de leur corps, peuvent dire non (ou oui!) et choisir les modalités de leurs rapprochements affectifs et physiques. C’est leur apprendre qu’il y a plusieurs types de familles où des enfants peuvent s’épanouir. C’est leur faire comprendre qu’elles et ils n’ont à être hétérosexuel.les et à se conformer aux stéréotypes de genre que si cela convient à ce qu’elles et ils ressentent en leur for intérieur. Enseigner aux jeunes à réfléchir de manière critique et libérée face à l’ensemble des normes qui pèsent sur la construction de leur identité et leur sexualité fait incontestablement partie du rôle que doit jouer l’école.

C’est pourquoi nous demandons au gouvernement d’améliorer les contenus dispensés. Sur le plan du contenu, nous demandons une éducation à la sexualité positive, inclusive et anti-oppressive. Positive, parce que même si la sexualité peut comporter des risques (grossesse non désirée, ITSS, violence), elle ne s’y résume pas – alors que c’est ce que laissent encore trop souvent entendre les 15 heures dédiées à ces contenus. Inclusive, parce qu’elle se déroule encore sans nécessairement tenir compte de la multiplicité des manières dont on peut s’identifier, dont on peut vivre son orientation romantique/sexuelle, dont on peut choisir (ou pas) d’entrer en relation affective et/ou sexuelle avec autrui. Anti- oppressive, parce qu’elle devrait être l’occasion d’accompagner les jeunes dans leurs questionnements, même (et surtout) quand ceux-ci les amènent à regarder de façon critique les normes dominantes.

Sur le plan structurel, il est nécessaire de prévoir, au minimum, des mécanismes d’évaluation permettant de s’assurer que des contenus de qualité sont implantés et accessibles dans tous les établissements, et que deux élèves, l’un.e assis.e dans une classe de Baie-Comeau et l’autre, de Montréal, puissent se prévaloir des mêmes apprentissages. La formation initiale des enseignant.es doit être repensée. Il n’est pas normal que le genre, la sexualité et les orientations romantiques/sexuelles ne soient pas systématiquement abordés dans le cadre du baccalauréat en éducation. L’éducation à la sexualité fait partie des droits humains reconnus internationalement, elle est un droit inhérent à la santé. Elle est trop importante pour ne pas faire l’objet d’un financement adéquat de la part du gouvernement et pour fluctuer au gré des niveaux d’aise des adultes qui en sont responsables.

Le Québec mérite mieux. Nos jeunes méritent mieux.

 

Gabrielle Richard, auteure de Hétéro, l’école? et chercheure associée à l'UQAM et à l'Université de Paris-Est Créteil

Julie Robillard, co-coordonnatrice, Fédération du Québec pour le planning des naissances

La Coalition pour l’éducation à la sexualité, incluant la Centrale des syndicats du Québec et la Fédération autonome de l’enseignement

Alhassane Balde, chargé de cours en éducation et formation spécialisées, UQAM

Estelle Carde, professeur en sociologie, Université de Montréal

Line Chamberland, titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie, UQAM

Marianne Chbat, chargée de cours en travail social, UQO

Isabel Côté, professeure agrégée en travail social, Université du Québec en Outaouais

Stéphanie Demers, professeure en sciences de l’éducation, UQO

Julie Descheneaux, doctorante en sexologie, UQAM

Michel Dorais, professeur titulaire à l’École de travail social et de criminologie, Université

Laval

Patrick Doucet, professeur de psychologie, Cégep Marie-Victorin

Pascale Dufour, professeure titulaire en science politique, Université de Montréal

Catherine Flynn, professeure en sciences humaines et sociales, UQAC

Baptiste Godrie, professeur associé en sociologie, Université de Montréal

Kévin Lavoie, professeur à l’École de travail social et de criminologie, Université Laval

Sylvie Lévesque, professeure en sexologie, UQAM

Marie-Paule Martel-Reny, chargée de cours en sciences de l'éducation, Université de

Montréal

Joanne Otis, professeure en sexologie, UQAM

Alexis Poirier-Saumure, doctorant en communication, Université Concordia

Annie Pullen Sansfaçon, professeure titulaire en travail social, Université de Montréal et

titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enfants transgenres et leurs familles

Joëlle Rouleau, professeure adjointe en histoire de l'art et études cinématographiques, Université de Montréal

Marilou St-Pierre, stagiaire postdoctorale, Université d’Ottawa

Alternative pour elles

Michelle De Champlain, CAVAC Abitibi-Témiscamingue

Chantal Lalonde, Maison d’hébergement Le Nid

Joanie Poliquin, Centre d'aide et de prévention des agressions sexuelles en Abitibi- Ouest