Centrale des syndicats du Québec (CSQ) - Nouvelle

Solidarité sociale et lutte à l'exclusion

21 mars 2014

Le gouvernement Marois a réalisé quatre de ses promesses sur le plan de la solidarité sociale. Il a élargi l'admissibilité aux services juridiques gratuits aux personnes travaillant à temps plein au salaire minimum. Il a revu les régimes d'aide et d'indemnisation des victimes d'actes criminels pour mieux soutenir ces dernières ainsi que leur famille. Il a financé la construction de logements sociaux chez les communautés autochtones et inuites, particulièrement au Nunavik. Enfin, il a poursuivi la rénovation du parc immobilier existant et il a accordé une enveloppe budgétaire de 231 millions de dollars pour la construction de 3 000 logements abordables.

COMPRESSIONS À L’AIDE SOCIALE

On ne peut pas en dire autant concernant son engagement à « relancer les mesures favorisant l’intégration sur le marché du travail des personnes bénéficiant de l’aide de dernier recours ». Cet engagement avait pourtant été réaffirmé en mars 2013 par la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais. Elle avait alors déclaré vouloir « repenser la solidarité pour briser le cycle de la pauvreté et voir l’aide de dernier recours comme une organisation qui offre une aide adaptée aux besoins des personnes ». Comment imaginer que cette réorganisation se traduirait par des compressions à l’aide sociale ?

En effet, la ministre a déposé un projet de règlement en catimini prévoyant la perte de l’allocation de 129 $ par mois pour contrainte temporaire à l’emploi versée aux couples ayant un enfant de cinq ans et moins ainsi qu’aux personnes âgées de 55 à 58 ans. Une diminution de 18 % de leur prestation d’aide sociale ! Ces personnes peuvent toutefois obtenir une prime temporaire de 195 $ si elles s’engagent dans un parcours d’insertion à l’emploi. Cette annonce a soulevé l’ire des personnes assistées sociales avec raison. Penser que c’est en appauvrissant encore davantage des gens déjà très pauvres qu’on les convaincra de se trouver un emploi relève de préjugés.

AIDER PLUS FACILITE LA RÉINSERTION

L’histoire démontre que les gens délaissent davantage l’aide sociale lorsqu’ils reçoivent davantage. En effet, une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS)1 démontre que des prestations moins généreuses ne font pas diminuer le nombre de prestataires. Au contraire, cette étude confirme que les familles monoparentales étaient le groupe qui recevait les prestations les plus généreuses, mais également celui dans lequel il y avait le meilleur taux de réinsertion à l’emploi.

La ministre a justifié ces compressions par un pronostic de création d’emplois dans toutes les régions du Québec et par le dépôt de sa stratégie Tous pour l’emploi : une impulsion nouvelle avec les partenaires. Cette stratégie prévoit, entre autres, vingt-sept nouvelles mesures pour les jeunes, les travailleuses et travailleurs expérimentés, les personnes immigrantes ou handicapées et également pour les entreprises.

Une stratégie intéressante ne nécessitant pas de la faire payer par les pauvres, comme le titrait le journal L’itinéraire.


1. COUTURIER, Eve-Lyne, et Renaud GIGNAC (2012). « Les prestations d’aide sociale sont-elles trop généreuses ? », Institut de recherche et d’informations socio-économiques (10 octobre), www.irisrecherche. qc.ca/publications/les-prestations-d%e2%80%99aide-sociale-sont-elles-trop-genereuses.