Santé et services sociaux

21 mars 2014

Dès son arrivée, le gouvernement Marois annonce de multiples réformes et politiques, et indique sa volonté d'alléger les structures du Réseau de la Santé et des services sociaux au profit des services directs à la population. Pour réaliser son programme, il se dit chanceux de pouvoir s'apputer sur une « fonction publique forte et dévouée à l'intérêt public ».

MOURIR DANS LA DIGNITÉ… MEURT AU FEUILLETON

Fruit d’un large débat et d’une réflexion approfondie, le projet de loi no 52 concernant les soins de fin de vie est déposé en juin 2013. Il a pour objectif d’assurer aux personnes des soins respectueux de leur dignité et de leur autonomie et de reconnaitre la primauté des volontés relatives aux soins exprimées clairement et librement. Malheureusement, malgré un vote de principe favorable et l’achèvement de l’étude détaillée du projet de loi, ce dernier meurt au feuilleton, le PLQ ayant refusé de prolonger les travaux parlementaires.

SOINS ET SERVICES AUX PERSONNES EN PERTE D’AUTONOMIE

Soucieux d’améliorer les services à domicile et les soins de longue durée, le ministre Hébert dépose le projet de loi no 67 sur l’assurance autonomie. Parmi les aspects positifs du projet de loi, mentionnons le financement public de la caisse, la protection des sommes investies, la mise en oeuvre du régime par les instances locales (CSSS) et la reconnaissance de services de répit, de soutien et de formation pour les proches aidants. Cependant, il y a l’absence d’argent neuf annoncé, et le projet de loi ne donne pas de garanties fermes quant au maintien de la prestation publique et gratuite des soins professionnels. Les services d’assistance aux activités de la vie quotidienne seront confiés au secteur privé.

PROGRAMMES SOCIAUX ET PRÉVENTION

Le gouvernement a déposé la première politique nationale contre l’itinérance, un document généralement bien reçu. On y reconnait l’importance d’agir sur les déterminants sociaux de la santé tels le logement, le revenu et l’éducation, et il servira d’assise à un futur plan d’action interministériel. Les consultations sur le prochain plan d’action en santé mentale ont démontré la volonté du gouvernement d’améliorer l’accès aux soins et aux services. Toutefois, la prévention des problèmes de santé mentale n’a aucunement été abordée. Enfin, les politiques nationales sur la prévention en santé et sur le soutien à l’autonomie, bien qu’annoncées, n’ont pu être déposées.

MÉDICAMENTS : POURSUIVRE LE CONTRÔLE DES COÛTS

Parmi les bons points, il faut souligner que le gouvernement a aboli la règle des 15 ans protégeant les brevets pharmaceutiques. Depuis, la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ne rembourse que le prix des génériques (économie de 180 millions de dollars). Cependant, il n’envisage pas un régime entièrement public.

LES GROUPES DE MÉDECINE FAMILIALE (GMF) RAPPELÉS À L’ORDRE

Au printemps 2013, le ministre Hébert blâme sévèrement les GMF ne respectant pas les termes de leur contrat (cibles d’inscriptions, heures d’ouverture) tout en touchant leur plein budget de fonctionnement.

Toutefois, le nouveau cadre de gestion des GMF est toujours attendu, de même que la mise en place des ordonnances collectives et la généralisation des protocoles permettant au personnel infirmier d’exercer pleinement son rôle.

PERFORMANCE ET ORGANISATION DU TRAVAIL

Dans son premier budget, le gouvernement Marois vise des économies de 178 millions de dollars en gains d’efficacité dans le réseau de la santé et des services sociaux. Les projets « d’amélioration de l’organisation du travail » et « d’optimisation des services », fortement inspirés des pratiques du secteur manufacturier, se multiplient.

Le ministère annonce aussi un octroi de 15 millions de dollars pour la mise en place d’un financement axé sur les patientes et patients. Les maladies chroniques (soins à domicile) constituent l’une des trois priorités ciblées. Ce type de financement soulève des questions, notamment quant au risque d’une sélection des patientes et patients ou d’une surprestation des soins.

LUTTE CONTRE LE CANCER : UNE PRIORITÉ NATIONALE

Le gouvernement dévoile son plan directeur et son Plan d’action en cancérologie 2013-2015 qui ciblent cinq grandes priorités, dont l’intervention précoce, l’accessibilité ainsi que la qualité des soins et des services. Le gouvernement souhaite améliorer avant tout la coordination, la concertation, la collaboration et la communication entre tous les intervenants et intervenantes impliqués dans la lutte contre le cancer. Peu d’argent neuf est cependant investi.

LA CROISSANCE DU PRIVÉ EN SANTÉ SE POURSUIT

Le ministre Hébert a multiplié les initiatives en faveur du renforcement du système public de santé telles que le rehaussement de l’offre d’examens radiologiques dans le réseau public et la réduction du recours aux agences privées de placement en soins infirmiers. Diverses démarches visant à mettre un terme aux frais accessoires abusifs facturés en cabinet privé, aux ententes contractuelles coûteuses avec les cliniques de chirurgie privées et aux partenariats public-privé (PPP) pour la réalisation de nouveaux projets en santé ont également été entreprises.

Or, malgré que le ministre Hébert ne souhaite pas « créer un deuxième système en parallèle », un nombre croissant de médecins se désengage du régime public (hausse de 338 % en 10 ans). Les cliniques privées de médecine familiale se multiplient. On privatise l’approvisionnement en fournitures médicales des centres hospitaliers universitaires (CHU) en partenariat public-privé.

On assiste aussi au développement d’un marché privé : médecine d’investigation, prélèvements, services diagnostics, chirurgies mineures. Les contrats de gré à gré se multiplient dans le domaine de l’hébergement et des soins de longue durée. Les compressions budgétaires qui ont contribué au démantèlement des équipes professionnelles de soins servent maintenant de prétexte pour ouvrir encore plus grande la porte au secteur privé.