L’Institut national d’excellence en éducation : une fausse bonne idée

28 novembre 2017

28 novembre 2017. – Au moment même où était dévoilée la Politique de la réussite éducative, nous apprenions qu’un groupe de travail était mis sur pied en vue de la mise en place d’un institut national d’excellence en éducation.

C’est la réponse que l’on a voulu apporter au besoin de connaître et de s’approprier les meilleures pratiques jugées pertinentes par la recherche, besoin énoncé lors des consultations qui ont mené à l’élaboration de la Politique. Bien que celui-ci puisse faire consensus, il n’en va pas de même du projet qui nous est proposé, pour ne pas dire imposé.

Une structure superflue

La première question à poser est celle de la pertinence de créer cet institut. Or, cet aspect pourtant fondamental n’a pas fait l’objet de discussions. Cet exercice nous aurait sans doute permis de prendre la mesure du travail fait par plusieurs organisations qui existent déjà et qui ont des missions qui vont dans le sens de celle que l’on veut confier à l’Institut.

Faire l’état des lieux, réfléchir aux améliorations possibles pour mieux arrimer les actions et pour répondre encore mieux aux besoins, cela aurait dû être la première étape à franchir.

Poser un diagnostic avant de proposer un remède, c’est toujours préférable.

Le modèle proposé soulève également des inquiétudes importantes pour une organisation comme la nôtre qui représente du personnel enseignant, du personnel de soutien et du personnel professionnel.

Une vision limitée

On présente l’Institut comme étant la solution privilégiée qui, à terme, nous permettrait de faire des gains en matière de réussite. Cependant, on limite le champ de vision de l’Institut aux pratiques éducatives et pédagogiques. Du coup, on met dans l’ombre des facteurs déterminants de la réussite, notamment des facteurs sociaux et économiques, alors qu’on sait très bien que tant et aussi longtemps qu’on ne les prendra pas en compte sérieusement, nous n’atteindrons pas les taux de réussite espérés.

C’est une tendance lourde en éducation, celle qui consiste à considérer le changement de pratiques du personnel comme étant la seule voie possible pour améliorer la réussite. La pression est déjà grande dans les établissements pour restreindre l’éducation à l’atteinte d’objectifs chiffrés. Les prétentions de l’Institut ne pourront qu’accentuer cette pression. Le poids de la réussite risque encore de peser sur les seules épaules du personnel.

Dans le même sens, nous sommes d’avis que ce projet encourage une vision de l’éducation qui se réduit à la capacité des acteurs à connaître et à « exécuter » ce que dit la recherche. Or, les pratiques éducatives et pédagogiques sont très complexes.. Elles comportent des dimensions qui ne sont ni mesurables, ni quantifiables, mais cruciales. Des dimensions qui demandent que le personnel scolaire ajuste sa pratique en fonction du contexte et des besoins des élèves et des adultes en formation.

C’est l’exercice du jugement professionnel qui permet d’ajuster adéquatement et efficacement la pratique. Le projet d’institut pourrait nous faire glisser vers la prescription de pratiques. Cela n’est pas souhaitable puisque, dans un tel modèle, l’autonomie professionnelle, garante de l’exercice de ce jugement, se retrouve menottée.

La réalité ignorée

Enfin, on veut déterminer ce qui vaut la peine d’être retenu en matière de recherche en se basant uniquement sur les résultats probants. On n’évoque jamais l’importance de prendre en compte les besoins des gens qui, comme nos membres, font l’éducation au quotidien. Or, si on ne tient pas compte des besoins du milieu, les meilleures recherches du monde, les meilleurs mécanismes de transfert ne donneront aucun résultat.

Qu’on se comprenne bien, si nous mettons en doute la pertinence et l’apport d’un institut national d’excellence en éducation, nous ne remettons pas en question le rôle important de la recherche et du transfert de connaissances en éducation.

Pour nous, l’alliance entre l’expérience et les connaissances issues de la recherche est fondamentale et cet institut risque fort de nous en éloigner.

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ)

Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

Johanne Pomerleau, présidente de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec (FPPE-CSQ)

Stéphane Lapointe, président de la Fédération du personnel de l'enseignement privé (FPEP-CSQ)