Relever les défis du Québec grâce au dialogue social : l’exemple de la main-d’œuvre

15 octobre 2018

Alors que le Québec vient d’élire un nouveau gouvernement, nous tenons à lui rappeler les nombreux défis qui l’attendent en matière de développement économique, particulièrement en ce qui a trait aux enjeux de main-d’œuvre.

Nous nous en réjouissons : le taux de chômage au Québec est à son plus bas. Cette situation entraîne néanmoins un « beau problème » : les défis en matière d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre deviennent de plus en plus grands, complexes et… préoccupants.

Au cours des dix prochaines années, ce sont plus de 1,5 million d’emplois qui devront être comblés au Québec, résultat de nombreux départs à la retraite et d’une croissance économique relativement bonne. Pour le Québec, ne pas être en mesure d’assurer cet énorme renouvellement de la main-d’œuvre pourrait mettre à mal son essor économique. Déjà, de nombreuses entreprises ne peuvent rouler à plein régime en raison de leur incapacité à recruter les employés nécessaires à leur fonctionnement.

Nous tenons à rassurer le premier ministre désigné, François Legault : il aura l’appui des organisations syndicales dans la mise en place de mesures cohérentes facilitant le développement de la main-d’œuvre au Québec. Cependant, nous l’invitons à prendre acte du consensus social qui s’est dégagé au sein de la Commission des partenaires du marché du travail, l’un des plus importants forums de dialogue social réunissant organisations patronales, syndicales, gouvernementales, communautaires et du secteur de l’éducation. Le dialogue social est une des forces du Québec : il permet des échanges de points de vue entre différents acteurs de la société et permet souvent de produire des consensus mobilisateurs.

Au cours de la dernière année, ce dialogue a abouti à la mise en place de la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre. L’heure n’est donc plus à la réflexion, mais bien à l’opérationnalisation de cette stratégie. Nous nous attendons, tout comme les associations patronales, à ce que le gouvernement mette en œuvre cette stratégie sans tarder, qu’il consulte les partenaires du marché du travail pour identifier les meilleures pratiques et qu’il accompagne les partenaires du marché du travail dans l’élaboration de solutions concrètes pour assurer l’essor économique du Québec.

En plus d’une politique d’immigration accompagnée des moyens nécessaires à une intégration réussie sur le marché du travail, le Québec a besoin d’investir massivement dans la formation de la main-d’œuvre, notamment de celle qui est déjà en emploi. Les travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui forment un des plus grands bassins de recrutement pour les emplois de demain. Assurons-nous de leur offrir une transition juste vers la nouvelle économie.

Bien entendu, l’un des meilleurs moyens de recruter de la main-d’œuvre est d’offrir des conditions de travail décentes à ses employés. Les organisations patronales doivent comprendre que la hausse du salaire minimum à 15 dollars l’heure représente une opportunité réelle de recrutement dans le contexte actuel. Et, comme nous l’avons réitéré à plusieurs reprises, nous sommes tout à fait conscients de la nécessité de mettre en place des mesures d’accompagnement pour les petites entreprises pour qui la hausse du salaire minimum pourrait représenter un risque.

Jacques Létourneau, président de la CSN

Daniel Boyer, président de la FTQ

Sonia Éthier, présidente de la CSQ

Luc Vachon, président de la CSD