Lettre au ministre des finances du Québec, Éric Girard

20 mars 2019

Monsieur le Ministre,

Dans quelques jours, vous déposerez le premier budget du gouvernement. Vous aurez alors l’occasion d’écrire l’histoire en réinvestissant massivement en éducation, en petite enfance et en santé et services sociaux. Un redressement majeur s’impose d’urgence et la conjoncture vous est favorable.

La longue période d’austérité libérale, que votre parti a d’ailleurs vivement dénoncée, à juste titre, lorsqu’il était dans l’opposition, a laissé les services publics en piètre état. Aussi, corriger cette situation déplorable et combler les engagements formulés par votre parti, commande une injection massive de fonds supplémentaires que nos économistes évaluent à plus de 4 milliards de dollars.

En éducation, faire de la réussite une priorité nationale nécessite un ajout supplémentaire de près d’un milliard de dollars dans les subventions allouées aux commissions scolaires. La réfection de nos écoles vétustes et la réponse aux besoins de prévention, d’évaluation et d’intervention auprès des élèves en difficulté exigent un sérieux coup de barre. De plus, les budgets alloués à la formation professionnelle et à la formation générale des adultes doivent être rehaussés afin de répondre aux besoins. Pour l’organisation que je représente, il est aussi impératif d’augmenter le financement accordé à l’éducation des autochtones. Le personnel de l’éducation et les parents s’attendent à un geste significatif de votre part, ne les décevez pas.

En enseignement supérieur, les besoins de la population étudiante explosent devant l’augmentation du nombre d’étudiantes et étudiants en situation de handicap ou en difficulté. En outre, il faut maintenir une formation diversifiée, ajuster le mode de financement en fonction des réalités régionales, déplafonner l’enveloppe budgétaire allouée à la formation continue et accroître de manière stable le financement de la recherche universitaire. Pour couvrir les coûts de système et répondre aux besoins exprimés par les établissements, le budget des cégeps et des universités devrait connaître une progression de près de 5 %, soit plus de 280 millions de dollars.

Dans le réseau de la petite enfance, un investissement d’environ 400 millions de dollars s’avère indispensable. Il faut combler les coûts de système, renverser les compressions de la dernière décennie et financer adéquatement les nouveaux engagements. Le gouvernement doit respecter les promesses d’ajouts de nouvelles places pour répondre adéquatement à la demande des parents. De plus, les crédits d’impôt pour frais de garde qui favorisent la privatisation des services doivent être abolis.

Les compressions dans la santé et dans les services sociaux ont créé une véritable crise dans l’organisation des soins, dont le personnel, et les patientes et patients font quotidiennement les frais. Pour réparer les pots cassés, offrir des conditions de travail décentes propices à la rétention du personnel et offrir les services auxquels la population a droit, votre gouvernement devrait investir plus de 2 milliards de dollars. Le caractère urgent du redressement de la situation ne saurait échapper à personne quand des observateurs avisés dénoncent la maltraitance organisationnelle dont fait l’objet de nombreux patients, en raison de la détérioration des conditions de travail de celles et ceux qui en prennent soin.

L’état de la situation est connu et vous disposez de la marge de manœuvre nécessaire pour redresser nos services publics puisque la santé financière du Québec est enviable et qu’une croissance stable des revenus se pointe à l’horizon.

Monsieur le Ministre, lors de la campagne électorale, votre parti qui forme maintenant le présent gouvernement a promis de faire plus et de faire mieux que vos prédécesseurs. Les besoins sont à la hauteur des attentes, immenses. Il est temps de passer de la parole aux actes.

Sonia Ethier

Présidente de la Centrale des syndicats du Québec